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Oui, toute entreprise a intérêt à se doter d’un comité parties prenantes!

5 avril 2018
Le rapport Notat Senard relance les comités parties prenantes

Le rapport Notat Senard relance les comités parties prenantes : clés de succès et bénéfice d’un dispositif bien pensé…

Cela fait des années que les entreprises anglo-saxonnes – Shell, Unilever, Marks & Spencer – ont ouvert la voie audacieuse des « comités parties prenantes » ; il a fallu du temps pour qu’elles soient rejointes par quelques grandes entreprises françaises, auxprises avec des controverses qu’elles pensaient neutraliser ainsi (cf. Edf, Lafarge…). Une des recommandations du Rapport Notat Senard – le rapport  demande essentiellement à la gouvernance de considérer les enjeux sociaux et sociétaux de l’entreprise – est de corriger cette frilosité de nos entreprises à discuter sereinement avec un échantillon d’acteurs sociétaux susceptibles d’enrichir les travaux des conseils, sans qu’on ait besoin pour autant de leur attribuer des droits ou d’institutionnaliser la procédure !

Le compromis proposé est le fruit de l’expérience accumulée par les pionniers du dialogue parties prenantes qui ont joué le jeu et s’en félicitent aujourd’hui (cas de Michelin, Veolia…De fait, il est dommage de se priver de l’avis des représentants des consommateurs, des riverains, des fournisseurs, des ong et autres acteurs sociétaux qui s’intéressent à l’entreprise ! Encore faut-il savoir sélectionner des personnalités qui sauront exprimer en leur nom des « critiques constructives » dont l’entreprise peut tirer grand avantage pour comprendre les tensions externes, les anticiper et les régler, d’une façon pro-active et positive. De fait, la procédure n’est pas mécanique et ne s’improvise pas : elle est avant toute chose le fruit d’un «savoir-faire  sociétal » qui repose sur « une culture du dialogue », exigeant de considérer ses interlocuteurs comme ils sont et de les écouter avec objectivité et bienveillance. Au-delà de ce pré-requis culturel fondateur, il existe 4 clés de succès au moins pour se doter d’un dispositif de relations parties prenantes apporteur de solutions et capable de nouer une relation avec la Société dont l’entreprise saura tirer parti pour sa croissance.

Première clé, établir le lien avec le conseil d’administration, via la participationeffective d’un représentant, son président dans l’idéal, qui se fera l’interprète des avis exprimés auprès du comité stratégique du conseil et du collège des administrateurs ; ce lien doit être poussé jusqu’à permettre l’expression du Comité devant l’Assemblée Générale et dans le Rapport de gestion, en respectant son indépendance, condition de sa crédibilité.

La deuxième facteur de succès est une représentation diverse et de qualité des membres du comité parties prenantes, en termes d’expertise, d’engagement, de sens opérationnel et stratégique à la fois, pour exprimer la perception externe des enjeux. La conséquence est qu’on ne sélectionne pas que les représentants qui vous conviennent ou vous plaisent mais ceux qui vous interpellent et vous stimulent. On ne choisit pas ses parties prenantes : on les constate !

La troisième condition de réussite consiste à poser les règles de fonctionnement du dialogue en préalable, en accord avec les acteurs, allant des modes de (non)communication à l’indemnisation des parties, en passant par le rythme des réunions et la construction commune de l’ordre du jour, sans craindre aucun sujet, aucune thématique et en mettant à disposition du comité l’information précise dont il a besoin pour approfondir les débats.

Quatrième clé de succès et non des moindres : accepter une animation tierce, qui garantit les conditions d’équilibre de la discussion et qui assure la synthèse des discussions afin d’engager le comité devant le Conseil, dans des formes reconnues par tous, en n’omettant aucune expression, fut-elle dérangeante… L’animation est en général extérieure aux parties.

C’est dans le temps qu’on percevra l’intérêt et les retombées positives d’un dialogue parties prenantes ; plus on saura donner confiance aux parties et plus on fera « monter » les vrais sujets et plus on les analysera de façon sérieuse, pour faire émerger des recommandations transmises aux instances de l’entreprise, en tirer des propositions d’action ou des accords.

Si le dialogue parties prenantes n’oblige évidemment pas le conseil et le management de l’entreprise à faire ce qu’on lui demande, ceux-ci ont au minimum « une obligation de réponse » : justifier les conséquences qu’on tire des sollicitations et propositions exprimées ! C’est la forme minimale de respect attendue par les acteurs extérieurs qui se penchent sur les enjeux de l’entreprise, espérant l’influencer et s’ils ne le peuvent pas, s’attendant à être écoutés et considérés…La confiance reste là aussi le curseur majeur de la relation à bâtir. Les comités parties prenantes constructifs et utiles sont bien ceux qui ont installé de part et d’autre un respect mutuel, autour d’une volonté de faire progresser la relation entre l’entreprise et la Société, à régler ses impacts négatifs les moins bien acceptés et à améliorer les impacts positifs les plus attendus.  Un dialogue doit être ressenti comme utile de part et d’autre ou il ne s’installe pas et ne dure pas.

Comme on le voit, il y a bien un art du dialogue parties prenantes qui fait la navette permanente entre les deux rives de l’enjeu contemporain croissant : « business vs Society » ; il confère au « passeur » une position médiatrice originale, dès lors qu’on touche aux vrais sujets et qu’on facilite ainsi la mutation durable des modèles. Initiative exigeante, méthodique, rigoureuse, volontariste aussi, qui s’inscrit dans le moyen terme, le dialogue avec les parties sociétales est d’abord une démarche au service de la mutation positive de l’entreprise. Il ne peut y avoir de mutation durable ancrée et réelle, si elle ne prend pas appui sur ce dialogue organisé, nouvel outil et nouvelle attitude des entreprises qui ont compris que leur avenir était d’agir « en Société », associant réalisme et audace, ouverture et collaboration.

NB.Pour réfléchir et organiser vos comités parties prenantes, nous mettons à votre disposition une expertise confirmée et un savoir-faire d’animation reconnu. Contact : pdh@company21.fr

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APRES LE RAPPORT NOTAT SENARD, « QUE FAIRE ? »

12 mars 2018

APRES LE RAPPORT NOTAT SENARD, « QUE FAIRE ? »

Les grands rapports ont toujours préparé les grandes réformes, même si beaucoup n’ont servi qu’à changer l’état des consciences. Ils ont pour vocation essentielle de remettre au centre de gravité de la Société des évolutions nécessaires, étouffées par les tensions entre les anciens et les modernes.

Le Rapport Notat Senard pose une pierre d’angle majeure au-dessus des controverses qui écartèlent l’idée d’entreprise en France, bloquée depuis que le CNPF a refusé « le double projet » d’Antoine Riboud, entre contempteurs du tout-marché qui ne jurent que par les dividendes économiques du progrès et les tenants de la régulation qui veulent concilier profit et responsabilité. Il est vrai que la RSE qui s’est introduite en France par effraction, grâce à quelques groupes pionniers, a bénéficié d’un sérieux coup de pouce avec la crise de la mondialisation, l’alerte climatique et l’arrivée des millenials qui voient s’installer avec angoisse une économie sans maître, si ce n’est la course à la taille et au bénéfice, qui ne les satisfont pas.

On trouvera dans ce rapport une mise au point très balancée, fruit de l’écoute des acteurs la plus large possible, qui constituera à n’en pas douter la référence sur le projet entrepreneurial pour le 21°siècle et la meilleure proposition qui soit pour rénover notre droit des sociétés, tout en renvoyant à la gouvernance des entreprises leur responsabilité propre sur la qualité sociétale de leur stratégie.

Puisse cette vision installer un nouveau consensus français sur « l’entreprise en Société », et clôturer une séquence historique qui nous a fait perdre beaucoup d’énergie collective. On est en droit d’espérer de cette réflexion qu’elle aide l’économie française à rentrer mieux et plus vite dans « le modèle durable » qui s’impose comme celui du monde qui vient. Et qu’on cesse de suivre en Europe un modèle friedmanien qui reste un détournement du projet entrepreneurial au profit de quelques uns, ce que JK Gabraith avait déjà expliqué et que les financiers ont occulté jusqu’à ce que les pénalités de la dernière crise (350 milliards !) ne remettent en question la survie de l’édifice…

Trois catégories sont particulièrement interpellées par ce rapport : les parlementaires, d’abord, pour qu’ils transcrivent vite les recommandations législatives, sans les dénaturer, car l’équilibre trouvé autour de « l’intérêt social de l’entreprise » concilie bien les deux dimensions, collectives et privées. L’autre catégorie concernée est la communauté des administrateurs et des dirigeants d’entreprise qui n’ont plus à s’interroger indéfiniment sur l’opportunité de « considérer » ou non les impacts et qui se voient réclamer une vision de long terme, garante de la pérénnité et de la durabilité du projet. C’est là que se situe la charnière du changement : le plafond de verre au sommet est encore le plus rétif et n’hésite pas à faire pardonner son cynisme par de la philanthropie consentie, comme on le fait si bien outre-atlantique… La troisième catégorie concernée est celle des « acteurs sociétaux » qui sont appelés à jouer la carte des coopérations et des coalitions pour co-construire des stratégies économiques et sociales intelligentes et progressives, susceptibles de traiter les grands enjeux collectifs du moment, ce qui ne les empêche pas de dire ce qui est et ce qui ne va pas !

Il est important que ce rapport soit lu et considéré par la communauté économique, car si l’entreprise est pour partie la solution des problèmes du monde, et si beaucoup de groupes ont fait remonter la durabilité dans leur modèle, comme le rappelle le Rapport, au final nous savons « qu’il n’y aura pas d’entreprise qui gagne dans un monde qui perd ». Il y a une philosophie politique qui émane de ce travail et qui est largement celle inspirée par le Chef de l’Etat : que les dirigeants choisissent la logique contractuelle et cessent de se retrancher derrière la norme publique pour « faire leur job », facilité politique pratiquée depuis des décennies.  On espère que le nouveau président du Medef fera sienne cette doctrine et aura à cœur de la promouvoir au sein de Business europe, pour que le modèle durable soit harmonisé en europe et transformé en atout compétitif.

Jean-Dominique Senard l’a rappelé souvent dans ses présentations : il faut s’approprier cette nouvelle définition de l’entreprise, permettre aux « entreprises à mission » de s’exprimer, faire rentrer « la raison d’être du projet » dans les Conseils, pour avoir toutes les chances de rallier nos partenaires européens à ce « capitalisme rhénan » qui est aussi un « capitalisme des parties prenantes », même si le mot a été renvoyé aux bonnes pratiques. L’Europe trouvera sa maturité politique autour d’une démocratie réelle et d’un socle de droits sociaux communs, mais aussi en promouvant « une économie de marché responsable », parfaitement concurrentielle et en tout cas plus digne de confiance et attractive que le classement de Fortune. Ce message que l’on croyait improbable est devenu possible. À nous de le rendre effectif et convaincant.

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Pourquoi on va passer des declarations RSE à la mesure de la durabilité de l’entreprise…

7 mars 2018
Pourquoi on va passer des declarations RSE à la mesure de la durabilite de l'entreprise...

Jusqu’à maintenant, on n’a cessé de sophistiquer la transparence et le champ des informations extra-financières pour permettre aux parties prenantes de savoir ce que faisaient les entreprises en matière sociale, environnementale, sociétale, laissant les raters et les fonds spécialisés utiliser ces données à leur main. On sait aujourd’hui que cela ne suffit pas car derrière les déclarations de bons comportements, on ne sait pas dire si l’entreprise progresse vraiment dans un sens « durable » ou non, au regard notamment des Objectifs du Développement Durable qui s’imposent comme le méta-référentiel universel.

Dans l’étude ci-dessous, Patrick d’Humières explique comment on doit passer de la métrique RSE à la mesure de la durabilité, à travers quelques indicateurs simples et fondamentaux, dont la tendance rapportée à celle de la croissance de l’entreprise, permet de dire si elle avance sur une trajectoire durable ou non. Il est possible que dans les années qui viennent, cette mesure de la durabilité trouve son cadre et permette enfin des comparaisons effectives.

Lire l’étude : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le business model durable

Pour en savoir plus: pdh@company21.fr

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Ne pas mélanger RSE et intérêt général !

27 février 2018
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Nos offres de formation pour maîtriser le management de la durabilité des entreprises et des organisations :

➢ Le Séminaire international des Cadres d’avenir euro-africains– Casablanca, 8-12 mai 2018
➢ Les Master Class 21 de CentraleSupelec Exed – 10 sessions par an, prochaine promotion novembre 2018 –juin 2019
➢ Les Ateliers 21, une journée de travail collectif sur les grandes techniques de la RSE
➢ Conférences et interventions pédagogiques sur « l’état de l’art de la RSE, outil de performance durable » En partenariat avec Des Enjeux & Des Hommes – inscription mathildechampenois@desenjeuxetdeshommes.com

Dans l’attente du rapport Senard Notat, pour moderniser le rapport de l’entreprise avec la Société.

La France s’est enfin engagée sérieusement dans un débat de fond pour mettre à jour sa définition du contrat d’associés dans le code Civil, datant de l’Empire, des débuts du capitalisme où il s’agissait de distinguer le patrimoine des personnes privées de celui de leur investissement commercial. Deux siècles après, cet accord entre les associés a produit « l’entreprise » qui est devenue le cœur de la Société, après la Nation ; pour autant, le rapport de l’entreprise à la Société n’est toujours pas défini.

On laisse la gouvernance faire sienne – ou non – cette question, à l’intérieur d’un cadre de lois très nombreuses, mises en place pour protéger les salariés, les consommateurs, les riverains et les actionnaires aussi, de la puissance montante du business. Mais nulle part en France, le projet entrepreneurial n’est posé en dehors de son origine historique de l’intérêt des associés. La modification de l’article 1833, comme la place renforcée des administrateurs salariés et les recommandations de bonne gouvernance, sont plus que jamais justifiées pour améliorer le cadre du gouvernement d’entreprise et mieux répondre aux enjeux sociétaux croissants.Parvenir à une rédaction juridique moderne qui dit enfin que « l’entreprise agit en Société, considérant ses parties prenantes », voire « …et qu’elle prend en charge ses impacts », n’est pas un exercice insurmontable ! Cela ne crée pas de nouveaux droits automatiques au-delà de l’arsenal légal existant ; on se contente de constater cette relation, pour dire qu’elle fait partie du rôle de la gouvernance ; à cette dernière d’en tirer les conséquences et à ses administrateurs de l’assumer dans leur collégialité.
A cette fin, le Conseil dispose désormais de la RSE qui lui permet d’orienter le management dans le sens de « la durabilité » et d’outils de mesure pour suivre la trajectoire de l’entreprise en ce sens – au regard de la décarbonation nécessaire, de la gestion des ressources non renouvelables, du respect des droits humains et sociaux, de la répartition de la valeur équitable etc.. – tout en s’informant objectivement de l’avis des parties prenantes qui aident à projeter les risques et opportunités de son contexte, là où elle agit, sur toute sa chaîne de valeur. Cqfd !

Comme on le voit, le débat n’est qu’une mise en conformité du texte de base avec une réalité déjà très bien engagée dans la pratique générale des groupes cotés, soumis aujourd’hui à une pression d’investisseurs éclairés qui requièrent des actifs tournés vers des visions collectives de long terme. Libres ensuite aux entreprises de poursuivre une gestion « tout économique » et à celles qui le souhaitent d’affirmer une «double gestion économique et sociétale ». Il suffira de donner à ces dernières la possibilité de proposer à leurs associés d’expliciter la mission de leur choix, qui s’imposera statutairement aux administrateurs et aux managers. Certes, ils devront en rendre compte, au risque de se trouver en contradiction avec l’objet qu’ils ont défini et de décevoir leurs parties prenantes.

L’intérêt de cette évolution est plus que symbolique ; il s’agit de consacrer juridiquement une ouverture possible vers « un capitalisme de parties prenantes » qui cherche à s’affirmer, sans contraindre, ni déjuger « le capitalisme actionnarial » qui est aujourd’hui le modèle dominant, même si ses excès satisfont de moins en moins les salariés et les citoyens, comme les consommateurs et les actionnaires qui voient bien l’aggravation des risques systémiques et l’absence de sens du projet.
De fait, la vraie conséquence juridique de cette ré-écriture serait de donner enfin une existence au concept de « parties prenantes » qu’on s’est refusé à consacrer jusqu’ici dans le code civil, voire dans le code du commerce, en tant que « partenaires de l’entreprises à considérer ». Il serait aussi judicieux d’y ajouter le même constat sur le concept d’impacts qui y est associé et qu’il faut expliciter, si on ne veut pas le nier, tout en laissant le choix aux administrateurs et aux lois du niveau de prise en compte.

On est bien dans un débat de bonne gouvernance et de reconnaissance ouverte et volontaire de l’engagement sociétal de l’entreprise, pas plus, pas moins ! On introduit ainsi l’intérêt de la RSE, à l’intérieur du jeu économique, pour corriger les externalités, sans modifier les règles de marché ou de pouvoir, à ce stade… Il n’est donc pas question « d’intérêt général » au sens où la philosophie politique l’a défini à l’époque des Lumières pour proposer sa construction légitime, centrale, contre les intérêts féodaux éclatés !
Jamais la responsabilité d’entreprise n’a consisté dans sa conception et sa pratique à préempter « l’intérêt général »
; elle se contente de veiller à ne pas y nuire d’abord, en réduisant les impacts négatifs, et de le favoriser ensuite, en apportant des impacts positifs. Mais la définition et la gestion de l’intérêt général restent bien l’affaire des citoyens, dans le cadre du processus démocratique de formation de la décision politique et de gestion des affaires publiques. La RSE bien faite collabore avec l’acteur public et la Société pour faciliter l’émergence des intérêts collectifs mais elle ne doit en aucun cas prétendre s’y substituer ou alors on rentre dans l’abus de pouvoir de l’économique sur le politique..

Ceux qui prétendent que reconnaître un capitalisme de parties prenantes, c’est « demander aux entreprises de s’occuper de l’intérêt général », font donc fausse route ; ils instruisent un mauvais procès, comme si on voulait, à tort, « substituer l’entreprise Providende à l’Etat Providence… » ! Il ne s’agit pas non plus de « confier les biens communs aux entreprises », crainte idéologique destinée à illégitimer l’implication de l’entreprise dans la vie sociale. C’est un procès qu’on a instruit dans les années 80 quand le mécénat d’entreprise est né en France ! De nombreux dirigeants l’ont combattu à l’époque en imaginant qu’on allait taxer indirectement l’entreprise… alors même que c’est la défiscalisation de ses dons qui l’a emporté, entraînant une reconnaissance du rôle positif de l’entrepreneur « en Société », non pas à la place de l’Etat mais à ses côtés, chacun dans son rôle !

Cette modernisation du pacte des associés est très attendue parmi toutes les propositions que feront Nicole Notat et Jean-Dominique Senard ; il ne faut pas la craindre, car c’est une modalité de progrès pour gérer ses impacts et créer de la valeur durable. Sa principale conséquence sera de conduire l’entreprise à devoir mieux dialoguer avec ses parties prenantes, pour apprécier la portée et la maîtrise des impacts découlant de l’activité , en déduire les risques et les implications et convenir de modalités de collaborations, les plus innovatrices possible. La France se caractérise par une très faible culture et pratique de la relation parties prenantes. La modernisation du 1833 apporterait à la gouvernance d’entreprise cette exigence d’un dialogue social et sociétal meilleur, plus régulier, plus ouvert, mieux partagé, tourné vers la recherche d’une relation construite avec des publics tout aussi déterminants que l’actionnaire pour assurer la performance du projet et garantir sa pérennité.

Loin de transférer l’intérêt général à l’entreprise, il ne s’agit dans cette affaire que de rappeler que l’entreprise agit « en Société » ; en induisant qu’elle doit tendre vers la durabilité, conformément aux aspirations de ses grandes parties prenantes à équilibrer (cf. Découplage, Equité, Accessibilité, Loyauté du modèle). Ce qui est d’intérêt général c’est de donner à l’entreprise française aujourd’hui, un cadre d’exercice de son projet plus en phase avec son contexte sociétal, la biosphère, l’intérêt de tous ses publics, pour qu’elle soit la plus contributive possible, à quoi l’on mesurera bientôt la performance entrepreneuriale. Ce qui nous évitera de la destruction de valeur qui coûte si cher à tout le monde, des conflits aux accidents, de la dépollution à la défiance. Et ce qui permettra de saisir les opportunités innovatrices du nouveau monde qui doivent mobiliser notre énergie collective !

Nb. L’Académie Durable propose une méthode d’analyse et de gestion du dialogue parties prenantes fondée sur une expertise de plusieurs années élaborée avec les acteurs pionniers de « la relation business & society » – contact : pdh@company21.fr

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L’affaire Lactalis, dernier avatar du monde ancien…

15 janvier 2018

Quelle entreprise n’est pas confrontée un jour à un accident, une erreur ou une malveillance ? Cela est arrivé, arrive et arrivera aux meilleures entreprises. Loin de nous de juger, hors connaissance de cause, et du reste, depuis plus de trois semaines que l’information est parue sur le risque sanitaire associée à l’usine Lacatalis de Craon, on ne peut pas dire que l’opinion et les acteurs publics n’ont pas fait preuve de patience et de compréhension, s’attendant à ce que la distribution des produits et l’information donnée soient rapidement maîtrisées, comme il se doit.

Quand Laurent Joffrin titre à la une de Libération à mi-janvier – « Lactalis, c’est quoi cette boîte de lait ? », l’accusant d’avoir sous-estimé le risque et freiné les mesures attendues, il ne fait qu’exprimer un point de vue général sur la perception d’une préoccupation insuffisante de la part des dirigeants des conséquences de la situation pour les consommateurs – des enfants – pour les éleveurs – qui ont déjà la vie dure – et pour l’ensemble de la filière lait, fragilisée, observée et vulnérable. Accumulant les reproches sur le culte du secret, la dureté dans les négociations, l’absence de discours et d’attention aux problèmes collectifs, on ne peut pas dire que Emmanuel Besnier dispose d’un crédit qui lui facilite les choses. Et on ne comprend pas qu’à l’ère de « la responsabilité d’entreprise », il ait attendu tant de temps pour s’expliquer, rassurer sur tout ce qui est fait pour rétablir les choses et compatir avec « son public » sur l’engagement total de régler le problème sans attendre que les pouvoirs publics et les medias lui fassent la leçon. Dans son intérêt d’abord !

Prenons de la hauteur à ce sujet car cette attitude exprime la fracture existante entre les entreprises de l’ancien monde – qui ne donnent le sentiment de ne s’intéresser qu’au marché – et celles du nouveau monde qui agissent « en Société » et qui en tirent les conséquences, à l’exemple d’un autre grand du lait, Danone, le premier à avoir considéré que la mission économique n’est pas dissociable de la mission sociétale de l’entreprise. Cette crise tombe au mauvais moment – ou au juste moment ?- dans le débat public qui traite de cette question ; elle met à mal évidement tous ceux qui nous parlent de l’autorégulation et de la bonne volonté des chefs d’entreprise comme du seul mode de gestion des problèmes, nous faisant croire que la sagesse du dirigeant suffit, surtout s’il est un géant mondial qui a réussit financièrement. Pas plus que la loi ne peut tout régler, l’auto-régulation n’est plus depuis longtemps la voie appropriée à la complexité du monde ! Certes, le Code Civil actuel et la doxa libérale, font du dirigeant-actionnaire-manager le seul arbitre des décisions d’entreprise ; c’est bien pour cela qu’il faut acter désormais que la bonne gouvernance doit consister à considérer ses parties prenantes et qu’elle ne peut rester le domaine arbitraire et solitaire du dirigeant.

Remercions Emmanuel Besnier (indirectement) de la démonstration grandeur nature offerte : il est devenu impossible désormais de gérer l’immense responsabilité qui va de pair avec la volonté d’un groupe d’occuper une place déterminante dans un métier, dans le monde et dans des régions, sans rendre des comptes, sans dialoguer, sans négocier et sans collaborer en permanence avec toutes ses parties prenantes. « Le management de l’ancien monde » ne tient plus. Et ce d’autant que « le management du monde de demain » le disqualifie, venant d’acteurs économiques de plus en plus nombreux qui ont introduit dans leur modèle et leur stratégie les objectifs de durabilité du contexte social, environnemental, sociétal, qui les concerne : lutter contre le réchauffement climatique, gérer les ressources avec sobriété, partager la valeur de façon équitable, être sûr et loyal, transparent et à l’écoute, innovant et collaboratif ! Voilà pourquoi cette affaire, grave, est simple aussi : on ne demande pas l’impossible à l’entrepreneur, ni le zéro défaut ; on lui demande d’accepter la contrepartie d’une position acquise et voulue, en assumant un management responsable et durable, indissociable d’une stratégie de conquête, qu’on a plutôt envie de saluer et d’admirer parallèlement, car elle sert aussi l’intérêt agro-alimentaire français. Et qui rapporte sûrement plus que les comportements très coûteux d’une sous-estimation des attentes de ses partenaires !

Certes, ce n’est pas parce que la future loi sur la définition de l’entreprise dans le Code Civil aura posé que « le Conseil dans sa décision collégiale considère l’intérêt de toutes ses parties prenantes » – et pas seulement celui des associés – qu’il n’y aura plus d’accidents dans les usines ! Mais, en élevant le niveau d’exigence collective, en précisant mieux ce que doit être la démarche responsable à la tête d’une entreprise, on veut croire que la pratique opérationnelle rejoindra le consensus d’opinion et que le refus d’assumer ne sera pas seulement critiquable mais qu’il deviendra forcément « hors jeu ». C’est ce que reconnaît, contraint et forcé Emmanuel Besnier dans son entretien au JDD. Et c’est parce que tout le monde souhaite qu’il reste un des grands acteurs mondiaux de l’industrie laitière, qu’il faut prendre acte de la primauté de la Société sur le marché et qu’il faut reconnaître que « le modèle de management durable et responsable » est devenu le seul légitime dans ce monde ouvert, risqué et intraitable qui est le nôtre en 2018.

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2018, THE TRANSFORMATION YEAR

18 décembre 2017

La révolution digitale, obsédante et vitale pour les entreprises, conduit les dirigeants à sous-estimer l’autre révolution qui transforme en profondeur les valeurs des citoyens et des clients, les exigences juridiques et politiques de la Société et les opportunités formidables de l’économie verte et sociale : celle de l’aspiration angoissée à « la durabilité de la planète » et conséquemment des business et de leur gouvernance. Le monde alimentaire va continuer de se faire » disrupter », comme celui de la mobilité, de la construction  ou de la santé…nulle part et personne n’est indemme. Sous la pression d’une société civile qui a pris le pouvoir dans les démocraties évoluées, aucune activité n’échappe progressivement à la nécessité de tendre vers « le zéro carbone », de devoir rendre compte de son utilité sociale, de réviser plus justement son partage de la valeur, d’introduire de l’éthique dans l’innovation et de collaborer équitablement  avec les territoires,  en contrepartie d’une formidable confiance qui est accordée à l’économie d’entreprise pour satisfaire les aspirations matérielles de 7 milliards de personnes sur terre, mais tout en acceptant un peu de « mission collective »…

2018 devrait voir ce basculement historique dans les rapports Entreprise et Société après des décennies où le jeu du business s’est  auto-alimenté de sa satisfaction interne pour l’essentiel.  Les nouveaux talents, les investisseurs éclairés et les consommateurs critiques ne s’en contentent plus. Les marques engagées vont l’emporter sur les offres dépassées par cette demande collective qui n’est plus réversible et dont la force prescriptrice s’impose. Cela a des conséquences directes sur la législation, nationale et internationale : la santé n’est plus négociable, la fiscalité n’est plus un jeu  et l’information ne doit plus être manipulée pour  citer quelques un  des enjeux de fond qui rendent illégitimes des stratégies mercantiles qui n’ont pas voulu se poser ces questions jusqu’ici. Quand un groupe historique est poursuivi pour financement du terrorisme, quand des distributeurs doivent revoir le discours prix, quand des énergéticiens doivent passer au vert, malgré eux, quand des banquiers doivent intégrer « l’extra-financier » et quand les produits de consommation doivent passer de la chimie au naturel etc.. c’est bien qu’aucun modèle ne résiste plus à sa « non-durabilité » !

« La Transformation durable » est en marche mais reste à faire, en 2018, à travers quelques évolutions simples qui aideront à assouplir les cadres anciens, obsolètes et inadaptés. S’agissant de l’intégration de la RSE dans le modèle de l’économie de marché internationale, 3 à 4 mutations d’importance devraient se préciser cette année, en effet, à travers la pratique des pionniers : l’intégration des risques courants et RSE matériels pour délivrer des stratégies à impact positif ; la plus grande  prise en compte de la valeur globale, financière et extra-financière, avec des indicateurs de référence comme l’EBITDA Durable et  l’attention portée aux parties prenantes, mieux écoutées et suivies, pas pour altérer mais pour aider la décision  des dirigeants.

Pour autant, il faudrait inscrire dans la gestion, par les textes ou les engagements,  trois éléments constitutifs d’une entreprise durable  qui font défaut aujourd’hui (voir notre analyse dans La Tribune) : la délibération des Conseils sur les résultats extra-financiers, en vue d’assumer des trajectoires de progrès ; la possibilité pour les associés de se doter d’une « mission » qui les engage auprès de leurs parties prenantes, à consacrer enfin dans le droit et l’encouragement de l’appel à l’épargne fléchée à travers un ISR labelisé qui avantage les souscripteurs particuliers, afin de favoriser l’épargne  pour les entreprises engagées, comme on vient de réussir le mouvement des obligations vertes.  Cette collaboration entre l’Entreprise et la Société dépendra largement de la dynamique européenne et donc en 2018 d’un consensus franco-allemand sur le sujet, qu’il faudra aller chercher autour de 3 mécanismes fondamentaux  qui  peuvent ramener la mondialisation vers plus d’équité : introduire les critères RSE dans le droit de commercer avec l’UE, d’abord, organiser un pilotage de l’universalisation de la RSE en coordonnant les acteurs en place et enfin en judiciarisant forcément le non-respect des principes reconnus, comme ceux de l’OCDE, au niveau des groupes. Ce ne serait que mettre le droit en conformité avec les rapports établis et uniformiser sur la planète-business un fonctionnement de base  devenu incontrôlé. Nous proposerons un débat sur ces sujets avec nos partenaires allemands début 2018.

Déjà, plusieurs acteurs œuvrent  en ce sens ; pourquoi ne pas se donner l’objectif en 2018 d’aller vers ce « cadre européen de l’entreprise durable et responsable, souhaitable », préfiguration d’un mouvement qui s’affirme inéluctablement et qui serait expérimenté chez nous  d’abord par les acteurs économiques, grands et petits, publics et privés, qui veulent ressourcer le pacte entre investisseurs, salariés, clients et citoyens sur des bases d’utilité collective, complémentaires de la réussite productive. Si vous souhaitez vous y associer, avec toute la communauté du management responsable qui s’agrandit d’année en année, nous vous accueillons en 2018 parmi tous ceux qui veulent réussir la transformation, au plus près d’eux et de la planète en même temps.  Heureuse année durable, d’engagement et de progrès collectif.

En 2018 nous vous proposons de vous inscrire dans cette dynamique de la durabilité, avec :

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« LE REGARD DE L’ACADEMIE DURABLE »

18 décembre 2017

LES GRANDES TENDANCES « DURABLES » QUI ANIMENT L’EVOLUTION DU CONTEXTE MONDIAL A FIN 2017

La montée de l’économie durable est un fait…

  • 5 tendances macro-économiques favorables…
    • La prise de pouvoir des acteurs non-étatiques dans la décarbonation
    • L’investissement très significatif dans les ENR, VE, micro & smartgrids
    • Le basculement de la finance bancaire dans l’enjeu carbone
    • La sanctuarisation croissante des forêts
    • L’irréversibilité des questions Human Rights dans les diligences
  • 5 tendances sociétales qui se confirment un peu partout…
    • La protection de la santé, toujours gagnante des contentieux
    • La suspicion a priori des lobbyings privés et de l’expertise scientifique
    • Le respect de la fiscalité comme valeur universelle croissante
    • L’appropriation majoritaire par les femmes des enjeux durables
    • La proximité comme garantie de sécurité
  • 5 tendances business qui s’affirment plus clairement…
    • Le zero emission GES obligatoire à 2030
    • L’économie circulaire source d’innovation
    • L’intérêt de l’extra-financier au service de la valeur globale
    • L’attention croissante de la Gouvernance aux risques ESG
    • L’intérêt des collaborations comme outil de progrès

 

Mais des tendances lourdes ralentissent ce mouvement vers l’économie durable :

  • Un changement de modèle qui intéresse surtout les européens
  • La distance des partenaires sociaux dans cette dynamique
  • L’incapacité générale à faire se rejoindre emploi et durabilité
  • Le refus du business d’adresser la répartition de la valeur
  • L’absence de pilotage international en matière de RSE

La question de «la course de vitesse » entre les réponses apportées aux enjeux et leur criticité fondamentale reste posée…

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Les affaires du monde sont les affaires de l’entreprise

21 novembre 2017
Les affaires du monde sont les affaires de l’entreprise

Comment mobiliser les entreprises au service du bien commun ?

Lors d’une intervention au sein d’entreprise et progrès, Patrick d’Humieres, directeur de l’académie durable internationale et Company 21, rappelle les problématiques de l’économie internationale confrontée à un déficit de durabilité, au sens où les nations unies viennent de poser 17 objectifs de progrès majeurs et appellent les acteurs concernés à se les approprier.

Cet objectif de durabilité de la planète passe par la durabilité des entreprises elles memes car elles dictent les structures de production et de consommation. La bonne nouvelle est que ce modèle durable est à la fois le plus efficace à long terme et qu’il répond aux attentes de la population. Il faut donc infléchir sans tarder notre management et créer des alliances locales, institutionnelles, sectorielles, mondiales, pour porter ces nouveaux modes de production circulaire, eco-concus, de consommation responsable et de régulation engagée pour passer des 30 glorieuses, qui ont conduit au gaspillage, aux 30 gagnantes, qui doivent conduire à une prospérité sobre et mieux répartie.

Les entrepreneurs, grands et petits, ont tous désormais le modèle durable comme horizon de progrès et l’Europe y trouvera une chance d’affirmer ainsi sa vision d’une économie mieux régulée.

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Oublions la RSE des années 2000 et inventons la durabilité des années 2020 !

14 novembre 2017
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Les messages nouveaux s’accumulent, inquiétants et positifs à la fois : alerte lancée par la communauté scientifique sur le risque de non-retour des atteintes à la biodiversité du globe, reprise de la montée des émissions de CO2, panique sur le front de l’information où les fausses nouvelles se multiplient, course de vitesse entre la création d’emplois qui s’essouffle et la démographie qui continue de monter mais aussi illégitimité de plus en plus partagée de l’évitement de l’impôt par les grands groupes, abaissement significatif des coûts des énergies renouvelables, mobilisation spectaculaire des acteurs financiers en faveur de la décarbonation des actifs ! L’humanité s’enivre de nouvelles technologies mais elle ne maîtrise pas le vaisseau, entre orages non désirés et éclaircies encore visibles…

L’ennui est que les forces de stabilisation géopolitiques ne sont pas au rendez-vous, tout au contraire : une hyperpuissance qui godille entre grandes menaces et petites manœuvres, une europe qui parle peu et à la vitesse d’un vieillard, des Nations Unies qui organisent sommets après sommets, sans audace ni leader, et partout des problématiques nationales paralysantes, du moyen-orient à la Chine, donnant raison à l’unique message de Trump : que chacun défende ses intérêts d’abord. A un moment où seule une gouvernance collective peut produire des forces centrifuges, celles-ci se cherchent dans les initiatives sociétales spontanées et éparpillées qui sèment des graines de solutions, prudentes et bienveillantes, mais qui ne sont pas à la hauteur des dérèglements observés. De Rio à Paris, des réactions se sont construites en 30 ans, sans qu’aucune institution ne soit en mesure de mettre le développement sur les rails de la durabilité…

Pas étonnant qu’on renvoie les espérances sur les seules organisations puissantes, riches, organisées qui gouvernent le monde sans partage aujourd’hui : les entreprises ! Le paysage des « relations entreprises & Société » a connu trois phases depuis l’ère industrielle : le décollage occidental jusqu’à la deuxième guerre mondiale où les Etats ont été à la remorque des capitalistes conquérants, puis le temps de la contestation, de la question sociale à la question écologique, que les syndicats puis les ONG ont nourri, pour tenter de construire un Etat Providence qui équilibre les avantages et les inconvénients de la consommation de masse, jusqu’à la fin du 20°siècle et aujourd’hui nous sommes dans un temps qui s’organise essentiellement entre les deux rives du Pacifique où s’affrontent modèle d’Etat contre modèle privé, courant derrière les excès écologiques d’une mondialisation sans pilote dont le défi principal est celui dit de « la régulation choisie ». La conséquence politique est simple : où la puissance du business continue d’exploiter les défaillances de la régulation et « il ne gagnera pas dans un monde qui perdra », ou il prend sa responsabilité pour co-construire des équilibres sociaux, environnementaux, sociétaux et de gouvernance (ESG), en s’imposant des cadres collectifs qui préservent des « biens communs » dans le temps, dans l’espace et dans les valeurs universelles.

Rien ne dit qu’au moment des grands rendez-vous énergétiques, climatiques, hydriques, démographiques etc qui sont devant nous à court terme…soit entre 2030 et 2050 – nous-mêmes et nos enfants auront 15 ans de plus, qu’est-ce ? – les cerveaux humains auront assez mûri pour auto-contrôler l’appétit matériel et élever la conscience collective, de façon à ce que l’univers politique ne soit pas en conflit ouvert avec l’univers économique, obligeant à casser les monopoles des GAFAM, à préempter les ressources et les biens communs et à recréer des frontières parce que les dirigeants auront été incapables d’internaliser les enjeux collectifs dans leur stratégie et que l’avidité l’aura emporté sur la responsabilité. Le chef d’entreprise – nous l’expliquons dans notre dernier ouvrage « la nature politique de l’entrepreneur » – a désormais une fonction politique qui consiste à prendre en charge sa part de solidarité dans la stabilisation des règles communes, en donnant au marché des cadres voulus, mettant un terme à ce dogme actuel, stupide et destructeur, de la dérégulation croissante. Encore faut-il savoir passer des contrats, si on estime que la loi ne doit et ne peut pas tout faire, ce qui vaut autant pour les administrations que pour les entrepreneurs…

Le concept, la nouvelle frontière, le lien commun pour réunir ces acteurs s’appelle « la durabilité » : durabilité de l’éco-système, formalisée dans les 16 objectifs du développement durable des Nations Unies et durabilité de l’entreprise, au travers de sa contribution positive (cf. les partenariats, 17° 0DD) ou négative à la croissance durable de la Société et de la biosphère dont elle dépend plus que jamais. On est clairement dans un défi de modèle, qui ne peut plus être l’optimisation aveugle des facteurs de production – la théorie de l’agence est disqualifiée – et le management de l’efficience capitalistique uniquement, qu’on n’a cessé de mythifier dans les business schools et d’adorer dans les conseils d’administration. Mais ne soyons pas naïfs ; à quand le basculement du modèle, passant d’un capitalisme simpliste et même égoiste à un capitalisme aménagé de philanthropie sous la pression des opinions, amélioré en europe à travers une RSE qui stimule « la durabilité » des méthodes, et devenant un capitalisme durable, c’est-à-dire co-régulateur des enjeux globaux, assumant avec ses parties prenantes les équilibres systémiques fondamentaux, sociaux, environnementaux, sociétaux aussi, dans le cadre d’un « business case » où la contrainte durable est retournée en avantage compétitif et où rentabilité et mission publique sont les deux jambes de la croissance (« le double projet » proposé par A.Riboud). Nous avons proposé pour ce modèle le nom de « planetor ». Nous y travaillons avec la recherche académique et quelques pionniers ; nous formulons à chaque ouverture legislative des idées en ce sens et nous sollicitons l’UE pour qu’elle en fasse un pilier de son projet.

Trois pistes s’imposeront : un cadre juridique mondial des « groupes » qui devront respecter déjà les excellents principes de l’OCDE ; des curseurs RSE à inclure dans les échanges commerciaux, comme l’UE commence à le proposer et une fiscalité sur les sociétés qui tient compte de leur contribution au territoire sur la base d’une métrique de base qui devient crédible. Croire c’est vouloir ! Puissent les acteurs inquiets rejoindre les acteurs constructifs pour se mettre en marche vers ce modèle durable à l’européenne, car la génération qui vient en a terriblement besoin. L’entreprise a les solutions du monde de demain, encore faut-il qu’elle mette au même niveau la perennité de la cité et la sienne, indissolublement liées de nos jours.

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De la déclaration d’Agadir au monde de 2050…

26 septembre 2017

« Les acteurs non étatiques » ont signé cet été la déclaration d’Agadir dans laquelle ils s’engagent à entraîner la société civile dans la lutte contre le réchauffement climatique ; les entreprises, le monde académique, les forces sociales s’unissent dans la recherche d’un modèle sobre, économe en ressources et tourné vers une logique du bien commun qui tranche avec nos errements actuels, responsables du gaspillage de la planète et par-delà de la précarité de bien des vies humaines. C’est une réponse constructive à la cacophonie ambiante du monde et à la doctrine « ethno-centrée » dont l’Amérique actuelle et d’autres puissances veulent nous faire croire qu’elle peut fonctionner longtemps, à rebours de l’universalisme qui a porté les vraies valeurs de progrès et éviter de ré-ouvrir les plaies toujours à vif des errements nationaux.

Pour justifier cette prise de pouvoir des acteurs sociétaux dans l’arène politique, on ressort en économie « la théorie des biens communs » et on a raison. On l’avait laissé tomber dans la période de dérégulation à outrance qu’on vient de traverser. Il faut dire que la gestion « des communs » – comme l’air, l’eau, les sols…qui appartiennent à tous et dont la propriété privée ne peut se passer pour prospérer, appelle une maturité dans la gouvernance politique collective qui fait encore largement défaut. Le monde est dans un moment particulier à ce sujet : l’accord de Paris a réussi une prouesse qu’on ne pourrait pas ré-éditer aujourd’hui, autour d’un consensus de la communauté internationale pour tenter d’appréhender le très inquiétant réchauffement climatique et favoriser des nouveaux modèles économes en carbone. Cette question catalyse tous les autres enjeux, sociaux, locaux, éthiques qui caractérisent la recherche actuelle d’un modèle de croissance, formalisé désormais dans les fameux 17 Objectifs des Nations Unies (dits ODD). Le pari est simple et angoissant à la fois : ou bien nous parvenons à décélérer significativement d’ici 2050, en termes de carbone émis mais aussi de gaspillages et de prélèvement des ressources et nous mettrons la planète en posture de « durabilité », ou nous n’y parvenons pas et tous les déréglements géopolitiques sont envisageables…Comme l’écrit remarquablement Michel Camdessus dans son dernier ouvrage « vers le monde de 2050 », cela suppose qu’on mette un terme à « ce modèle auto-destructeur d’avidité généralisée dans lequel l’économie mondiale s’est engouffrée et avec elle une part de ce qui faisait la force économique et la civilisation de l’Occident ». L’ancien patron du FMI analyse les « hypertendances » qui sont autant de défis que d’opportunités : poids du vieilissement et des jeunes générations à la fois, percée des émergents, dynamique de la classe moyenne, urbanisme galopant, globalisation financière, finitude des ressources naturelles, progrès technologique fulgurant… et appelle à un « sursaut d’humanité ».

Ce sursaut peut venir d’une meilleure pratique démocratique, d’une féminisation des sociétés et d’une responsabilité montante des entreprises, si on veut croire aux bons signaux de la mondialisation. Mais si on veut être seulement réaliste, on sait qu’il dépend principalement de l’éducation et de son articulation avec les besoins à satisfaire, d’une gestion publique intelligente et honnête et d’une coopération multilatérale sur les problématiques collectives que les Etats ne peuvent plus résoudre seuls. Le « défi de conscience et de compétence » est le socle d’une intégration de la durabilité dans une économie de marché qui se nourrit de l’innovation et de l’accessibilité croissante aux biens et services ; aujourd’hui ce modèle  s’auto-détruit à la fois par son emballement dans le mauvais usage des produits et son impuissance à favoriser par lui-même une juste répartition de la valeur (« decent and fair profit » disaient le fondateur d’Harvard !). Tant que les dirigeants d’entreprises, fondateurs ou cadres, tant que les managers, dans l’exercice de leur fonction, ne penseront pas plus et mieux la technique au regard du service collectif rendu, le développement humain sera confronté à une interrogation, civilisationnelle et existentielle même, qui n’a jamais été aussi cruciale.

Il est temps que les business schools et les acteurs de formation prennent à bras le corps leur responsabilité qui est de préparer ces dirigeants actuels et futurs à la maîtrise d’une économie, numérisée et financiarisée comme elle ne le fut jamais, pour devenir aussi une économie du bon usage et de l’intérêt commun. Cela ne s’improvise pas et n’est pas spontané : cela se pense, cela s’apprend, cela se veut et cela s’organise. Le défi de l’Académie durable internationale est de mettre ces savoirs à disposition des jeunes leaders d’avenir, à commencer sur l’axe euro-africain où se décide une partie de l’avenir commun, qui peut marier l’expérience historique et les potentialités humaines les plus grandes.

Nous appelons les acteurs concernés à apporter leur appui à cette utopie créatrice dont nous poserons les bases réalistes entre partenaires impliqués, africains et européens, le 19 octobre à Lille, dans le cadre du World business forum.