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Face aux entreprises non durables : la contestation monte

4 juin 2019
Entreprise durable crise

La contestation monte envers les entreprises qui ne respectent pas le développement durable. Juges, actionnaires, consommateurs : l’ensemble de la société se rassemble pour s’opposer à un modèle dépassé. Patrick d’Humières, directeur de l’Académie durable internationale, professeur à Sciences-Po et directeur des MasterClass 21 décrypte cette tendance.

Il y aura un avant et un après Monsanto. Il n’y a pas eu jusqu’ici d’histoire comparable d’une « sortie du marché » d’une entreprise, sous la pression de la contrainte sociétale, alors même que la responsabilité directe de la firme sur les dommages qui lui sont reprochés ne reposent pas encore sur un consensus scientifique général et incontesté. Il y a eu des boycott historiques comme celui dont Shell s’est remis, des accidents dramatiques comme celui de Bhopal qui a emporté Union Carbide, pour ne pas parler des actions contre les cigarettiers créateurs de cancers mais auxquels la fiscalité publique accorde un répit. Le cas Monsanto ressort d’un rejet planétaire croissant à l’égard de l’offre et des méthodes de l’entreprise par les acteurs concernés, paysans, consommateurs ; il nous enseigne deux faits de société et annonce l’émergence d’un nouveau modèle économique, celui de « l’entreprise durable », régulé par la société civile et non plus seulement par la régulation publique  dont la déficience a effacé la crédibilité.

Deux enseignements de la crise de l’entreprise non-durable

Le premier enseignement est qu’aucune entreprise n’est à l’abri de son propre aveuglement, à travers ses certitudes, sa logique technique ou financière et son instinct de puissance, sinon de survie. Le capitalisme contemporain a atteint un stade de puissance inégalé dans l’Histoire, que des oligopoles supra-nationaux dominent dans la plupart des secteurs ; « too big to listen », ces mastodontes échappent aux contre-pouvoirs internes qu’elles ont eu soin de neutraliser, comme l’a démontré l’affaire du Dieselgate.

Elles échappent aussi aux contre-pouvoirs externes car elles renâclent à mettre en place ces « comités parties-prenantes », recommandés en France par le Rapport Notat Senard et encore peu développés et écoutés par des gouvernances très endogamiques. Dans un groupe disposant de « cordes de rappel sociétales », le Conseil aurait tiré la sonnette et anticipé depuis longtemps, sinon un moratoire, du moins des dispositions discutées et une plateforme de dialogue sociétal organisé. Ce n’est parce que le droit commercial ne reconnaît pas spécifiquement « les parties prenantes », qu’elles n’existent pas !

Le deuxième enseignement concerne la façon dont les entreprises peuvent passer de la défiance à l’empathie sociétale, indispensable à toute stratégie de marque aujourd’hui. L’engagement pour la Société devient la base du contrat économique, par-delà l’utilité et la sécurité de l’offre mise sur le marché. A lire la déclaration du président de l’IATA qui veut communiquer pour convaincre les nordiques de cesser de dire qu’il ne faut pas prendre l’avion sur courte distance, on voit que l’incompréhension du changement de paradigme est encore répandue dans la sphère dirigeante.

Il ne sert plus à rien de nier les inquiétudes, d’organiser des stratégies occultes ou condamnables pour s’en prendre aux lanceurs d’alerte et aux associations engagées ; l’objectif est bien de faire évoluer les modèles en proposant un bon usage des produits, des relations clients co-responsables de la réduction des impacts et de substituer des produits non « durables » à des produits considérés comme « durables » par les parties concernées, à un moment donné du consensus social. C’est ce que la loi Pacte a consacré en actant dans le droit l’exigence de prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux par toutes les entreprises et en proposant aux actionnaires de se doter d’une raison d’être sociétale qui établit la réalité de cet engagement. Il est clair qu’il y aura des contentieux pour discuter de cette application et que la meilleure des protections est bien de rechercher cette prise en compte pour susciter la préférence des clients.

Les entreprises durables seront les leaders de demain

Les entreprises qui démontreront ainsi qu’elles travaillent pour la Société et non contre elle et qui prennent les moyens de réaliser ce pacte sociétal, au-delà du seul pacte actionnarial, seront les leaders de demain ; elles laisseront derrière elles des firmes adossées à des investisseurs court-termistes dont l’exercice reste la création de valeur pour eux-mêmes, tandis que la Société mobilisera ses forces pour relever les objectifs du développement durable, aujourd’hui bien éloignés du modèle actuel.

La déconstruction en cours de la mondialisation dérégulée des années 2000 va accélérer les choses en recréant le lien avec le territoire, en retrouvant des mécanismes de partage de la valeur plus équitables et en intégrant mieux les salariés et les jeunes générations au projet. Cette révolution du modèle arrive plus vite qu’on ne l’imaginait ; elle se croise avec le retournement en cours de l’économie  de marché actuelle, au travers de capitalismes d’Etat conquérants. Elle amènera des choix géopolitiques car si l’Etat américain et l’Etat Chinois font de leurs entreprises les armées nouvelles de leur puissance, l’Europe ne pourra pas rester à l’écart et devra se positionner sur un modèle différent, plus consensuel, fortement défendu sur sa zone commerciale et appelant ses acteurs à s’engager dans cette relation à la Société, seule légitimité reconnue des produits et des marques, d’autant que toutes seront soumises au contrôle des labels et de radars numériques. Ce modèle sera tôt ou tard le modèle de référence du monde émergent et de la planète qui ne peut continuer à produire sans mettre au cœur de sa prospérité attendue une raison d’être qui reposera sur les nouveaux piliers de l’économie d’entreprise : la loyauté dans toutes les pratiques, l’équité sur toute la chaîne, l’empreinte environnementale la plus faible et l’accès offert au plus grand nombre.

PS : Il est des entreprises qui auront fait faire des sauts au modèle durable à un moment de leur histoire, notamment grâce à des leaders concernés. Bertrand Collomb était de ceux là, il vient de nous quitter ; nous lui adressons un hommage sincère car il fut le premier grand patron à signer un accord de travail avec une ONG (WWF) pour faire bouger son fonctionnement dans le sens du développement durable. Bertrand Collomb, attaché au lien avec la Société, aura porté sur les fonds baptismaux le Pacte Mondial des Nations Unies et le WBCSD. Qui a dit que la durabilité était d’abord une affaire de pionniers et de patrons engagés ? Bertrand Collomb incarnera définitivement ce mouvement, plus que d’autres. Nous l’en remercions.

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Entreprises, qu’avez-vous fait de vos 20 ans ?

9 mai 2019
Développement durable - entreprises qu avez-vous fait de vos 20 ans

Où en sont les entreprises 20 ans après la création du Pacte Mondial et le lancement des démarches de développement durable ? Décryptage et bilan de 20 ans d’actions.

Voici vingt ans que fut crée le Pacte Mondial.
Qui se souvient de Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies, qui avait réuni pour l’occasion un couple improbable, le Président de Goldman Sachs et le N°2 du Parti communiste chinois, pour porter sur les fonds baptismaux la première initiative globale destinée à canaliser une mondialisation triomphante ? Cette audace géopolitique visait à rapprocher un monde des affaires en pleine expansion après la victoire de l’économie de marché sur le modèle collectiviste et les Nations-Unies, chargées de promouvoir une gouvernance mondiale et les idéaux de la démocratie dans un contexte de post-décolonisation régi par des Etats-Unis, plus que jamais sûrs d’eux-mêmes. L’idée sous-jacente était de faire émerger un cadre de fonctionnement pour le business qui respecte des principes communs, concernant des préoccupations montantes, comme les droits humains et la protection de la planète, mais qui resterait strictement volontaire et déclaratif. La messe fut belle, le catéchisme bien écrit mais qui avait vraiment la foi sincère ? Vingt ans après, a-t’on amélioré le monde ?

20 ans de « développement durable » : pour quel impact ?

Le mérite de ce mouvement était de permettre aux entreprises de reprendre la main après trois décennies, qui de Stockholm à Rio, les ont vu subir une montée inexorable de revendications sociétales sur la planète. Les firmes grandes et petites se sont engouffrées dans cette croisade de bonnes intentions qui apportait face aux ONG dérangeantes une réplique à un procès de plus en plus radical sur les comportements anti-écologiques et anti-éthiques des multinationales, lesquelles en étaient restées à cet aveu magnifique du Président de Shell : « comment se fait-il qu’on soit si peu aimé alors qu’on est des gens si bien… » ! Mais aucun mécanisme réellement déterminant n’a émergé du Pacte Mondial et comme avec l’excellente charte de l’OCDE pour les multinationales, revue dix ans après, on en est resté à une ambiance naïve, pariant sur les technologies et l’auto-régulation pour assurer le salut du monde. On n’est pas parvenu en vingt ans à négocier à travers un ordre juridique homogène et approprié les pressions diverses adressées aux grandes firmes, alors que n’a cessé de s’installer des contraintes à leur périphérie, allant des remarquables principes Ruggie sur les droits humains à la mise à bas du secret bancaire et fiscal insupportables par l’OCDE, en passant par la comptabilisation des émissions de carbone et les exigences de transparence extra-financières etc.. Comme si les Etats et la Société cherchaient à réparer de leur côté une croissance considérée comme de moins en moins bénéfique, tandis que les entreprises continuaient leur échappée en faisant avec, mais sans changer grand-chose à la production et à la répartition de la valeur, pour elles, comme elles savent le faire de mieux en mieux. L’étude de Milanovic (« la courbe de l’éléphant ») résumant mieux que tout les limites de cette double décennie.

Quid de l’impact de notre économie en vingt ans sur le climat, la gestion des ressources naturelles, la répartition des richesses, la qualité de la gouvernance… après les belles paroles déclamées devant Kofi Annan ? On reconnaîtra que pendant ce temps, la grande pauvreté mondiale a reculé et les classes moyennes émergentes se sont enrichies notablement ; heureusement, elles sont mieux soignées et éduquées aussi et les technologies numériques se sont déployées largement ; mais le bilan doit se lire en mettant en comparaison l’accroissement de la température de notre atmosphère, l’appauvrissement des classes moyennes dans nos pays, l’augmentation de la corruption un peu partout(cf. la mondialisation de la délinquance décrite par Philippe Moreau-Defarges), la précarisation générale de l’emploi et une puissance jamais atteinte dans l’Histoire par une sphère privée qui impose ses conditions aux Etats. Bref, même si on a échappé à la cotation d’Aramco, ce contexte d’un déclin de l’ère pétrolière qui n’en finit pas, se caractérise par trois tendances très préoccupantes du point de vue des relations de l’entreprise avec la Société, même si des signaux d’espérance existent auxquels nous nous raccrochons pour notre part…

20 ans : 3 tendances préoccupantes qui ont émergé

D’abord, les gouvernances d’entreprise ont fait bon usage de cet appel à la responsabilité en affichant des engagements empathiques mais combien de changements stratégiques et de décisions significatives peuvent se targuer d’avoir modifié les business modèles ? Si certains chimistes ont nettoyé leur portefeuille, si la grande consommation a pris conscience qu’on ne pouvait plus jouer avec les risques sanitaires, et si les économies d’énergie, la gestion des déchets, la non-discrimination et le respect de droits minima se sont imposés dans la culture ambiante en deux décennies, avec une implication des juges de plus en plus visible, on ne peut pas dire qu’on ait changé d’ère industrielle, loin s’en faut. La croissance quantitative reste le seul canon de la religion des affaires. Peu d’entreprises se donnent une vraie « raison d’être » sociétale !

La deuxième observation réaliste est la soumission des inflexions économiques aux recommandations des investisseurs, par-dessus celle des autres parties prenantes, très peu prises en compte par ailleurs. Heureusement, la finance durable a pris son envol, des fonds souverains au private equity, des banques qui intègrent l’ESG aux investisseurs spécialisés qui exercent leur rôle actionnarial. Apeurée par les recommandations des banques centrales, les alertes des assureurs et la projection des risques systémiques, la finance a hissé le contrôle des risques à un niveau jamais atteint, même si certains industriels les jugent en privé comme paralysants. Cela se répercute sur les modes de gouvernance qui ne peuvent plus faire l’économie de ces sujets, même si on est loin d’avoir formalisé la mission d’un Conseil en matière RSE (voir l’excellente recommandation de l’IFA), qui reste encore très pragmatique et contextualisée. Le sujet reste à traiter et l’application de la loi Pacte devra y aider…

La troisième observation, plus réconfortante au regard de la montée des enjeux planétaires, est la construction au sein des firmes d’un management structuré à travers une direction de développement durable (le « corporate sustainability officer ou CSO »), chargée de rapporter et corriger d’abord la relation de l’entreprise aux impacts durables négatifs de moins en moins acceptés par les parties prenantes ; si elle n’a pas trouvé encore ses contours stratégiques, elle impose de plus en plus une somme de savoirs, techniques, juridiques, politiques ; pressées par des équipes et des générations nouvelles qui acceptent de moins en moins l’incohérence et l’insincérité, le CSO devient la clé de la réputation et demain le socle des marques, auxquelles on pardonnera de moins en moins leurs insuffisances. Même si le consommateur n’a pas encore basculé dans le développement durable pour lui-même, ce qui reste le sujet principal pour les pouvoirs publics aussi, à constater la difficulté à taxer le carbone…

20 ans pour prendre vraiment le tournant de la durabilité

En vingt ans, les entreprises ont sauvé les meubles ; elles ont pris conscience des limites du modèle actuel et se sont familiarisées avec les concepts de durabilité, de finance responsable, d’économie circulaire, de droits humains, pour ne parler que des plus pressants !
Mais elles n’ont pas sauté le pas dans l’inconnu du développement durable dont les codes restent à préciser au plan international, en dépit d’Objectifs désormais énoncés et suivis ; mais aussi au plan économique, pour mesurer une valeur durable et la faire reconnaître au cœur de la communication financière. Or un nouveau piège se présente avec le basculement géopolitique en cours : les entreprises vont se retrouver enfermées dans une relation obsédante aux Etats, qu’elles défient souvent, critiquent toujours mais qu’elles n’ont pas encore choisi de remplacer par la seule relation d’avenir, celle avec la Société : servir ses clients d’abord, ses employés aussi, ses citoyens bien sûr, sans oublier des actionnaires mais lesquels sont allés trop loin dans des arbitrages « hors sol ». N’est-ce pas l’OCDE qui appelle à une croissance réellement inclusive ?
Il faudra probablement encore vint ans pour que les entreprises comprennent qu’elles sont faites pour la Société, et par la Société. C’est la condition pour que l’économie de marché demeure légitime. Ou bien, elle sera rattrapée par un capitalisme d’Etat qui fera fi des exigences sociétales. Dans cette hypothèse à craindre, le développement durable sera la forme exarcerbée des conflits diplomatiques et bilatéraux pour colmater les déréglements en chaîne. Les dirigeants ont à peine vingt ans pour comprendre que s’ils ne prennent pas ce tournant de la responsabilité et de la durabilité, il en sera fini d’une économie de marché qui est encore le meilleur allié des valeurs démocratiques.

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Pourquoi l’avenir de l’écologie politique se joue sur les campus universitaires

10 avril 2019
avenir-ecologie-politique

Le développement durable : cela s’apprend. Seule une vraie offre de formation adaptée intégrant les sujets du développement durable et de l’écologie politique pourra amener un vrai changement de paradigme.

Merci Greta ! Les marches de jeunes et moins jeunes qui remplissent les rues le week-end ne font que commencer. Elles sont un pied de nez aux déambulations insouciantes des genérations précédentes, dont nous avons été sans trop se poser de questions, dans ces couloirs de Mall en rond qui étaient nos nouvelles églises, en Europe du moins ; elles le sont encore à Houston et Dubai qui s’appliquent à faire durer l’addiction au pétrole jusqu’à plus soif.


Un sursaut générationnel pour changer de paradigme social
Ce que dit cette insurrection juvénile est un message d’angoisse mélangée de révolte : nos enfants n’ont pas envie de terminer leur vie dans des décharges de plastique avec des masques sur le visage toute la journée ! En fait, nous venons de passer la 3°étape du cycle des grandes transformations civilisationnelles ; elles commencent toujours par des alertes qu’on reçoit comme des signaux fous ou insupportables.

Ces dernières ont surgi à Stockholm dès 1976, qui s’en souvient ? Et puis vint ensuite le temps des controverses ; on s’est écharpé entre pour et contre au nom de ses intérêts, de ses habitudes, de ses idéologies, jusqu’à ce que le débat se décante ou reflue ; on a tout entendu, de la mauvaise foi au cynisme. Cette dernière dispute a duré jusqu’aux Cop de Copenhague et Paris qui ont vu la rationalité des études, du GIEC, des assureurs, des banquiers centraux, mais aussi des agences militaires, CIA en tête, s’imposer pour dire qu’il y avait péril en la demeure.

Alors, nous sommes entrés, contre notre gré, culpabilisés et peureux à la fois, dans le temps du comment, pas vraiment celui des solutions, au minimum celui des petits gestes, du consensus mou et de l’organisation balbutiante, faisant et défaisant les taxes carbone ou affichant des engagements RSE aussitôt démentis dans les comptes. Si nous n’étions pas poursuivis par un feu continu et irrépressible, ce temps passé à se mobiliser aurait pu apparaître comme une opportunité à penser l’avenir post-industriel.

Mais voilà, le temps nous est compté, dans ce monde trop abrité au coin des identités et des religions qui l’anesthésient, prisonnier des vielles générations qui ne veulent pas voir l’horizon ; trop de retard a été pris et les volontés ont manqué pour se dire qu’il faire bouger les modèles.


Réapprendre une vision durable du monde
Alors le sursaut générationnel en cours dit au moins deux choses. La première est que derrière l’instinct de précaution qui se fait jour, monte une aspiration constructive pour changer notre rapport aux autres, à la nature, aux ressources encore disponibles et faire émerger un autre « vivre ensemble », durable au double sens du terme, celui du projet onusien et celui qui garantit un futur viable dans les décennies qui sont là. Ce premier message est d’autant plus salutaire que les forces en présence, que décrit si bien Amin Maalouf dans son dernier ouvrage, « le naufrage des civilisations », poussent plutôt au repli vers un individualisme triomphant, encouragent les violences identitaires, accélèrent les machines orwelliennes à tout dire, tout surveiller, tout contrôler et sapent les constructions démocratiques qui ont mis tant de temps à trouver leurs équilibres précaires.

Le deuxième message est plus conséquent encore car plus exigeant : la vision durable du monde ne surgira pas comme une « génération spontanée », grâce à de jeunes humains que le refus du présent convertit à un futur plus sobre, plus solidaire, plus raisonné. Il faudra apprendre à « vivre durablement », si on le veut, entre des tirs de missiles au Moyen-Orient, des inondations répétées dans les deltas d’Asie et une sécheresse chronique en Afrique. Pour cela l’humanité a besoin de connaissances, d’études et de savoirs qui lui manquent encore gravement, pas seulement d’argent bien employés et de lois correctrices ; elle a besoin de faire confiance à deux leviers de l’esprit humain qui nous ont toujours sauvé des pires régressions historiques : la critique lucide du présent et l’invention de méthodes expérimentales pour échapper aux obsessions fatales par le changement et l’innovation.

On aurait pu penser que le débat médiatique en boucle, l’extraordinaire invasion des communications individuelles et l’instantanéité des échanges nous auraient ouvert une porte de sortie socratique. Pour que l’humanité se trouve plus intelligente, plus organisée, plus sérieuse. C’est tout le contraire qui se passe : la confusion du net s’ajoute à la pagaille démagogique. On comprend pourquoi notre plus grand écrivain franco-libanais, vacciné contre la dérive des communautarismes, s’alarme de la perte de repères civilisationnels, partout et même dans le réduit européen… C’est la toile de fond de la question durable !


Le développement durable : un défi pour le monde universitaire européen
Sommes-nous condamnés à marcher sans espoir et à regarder le Bouthan et le Costa-Rica édifier une nouvelle arche de Noé, tandis que le royaume d’Aramco et le continent amazonien poursuivront leur somnanbulisme arrogant ? Non, si nous donnons à cette nouvelle génération éveillée les armes de la science et la sagesse de la politique, si nous la dotons des instruments de la raison et si elle s’empare des vertus du dialogue, de l’intelligence du contrat, de l’édifice des Lumières dont Steven Pinker nous rappelle heureusement qu’il éclaire encore largement la conscience humaine contemporaine. Ce havre d’espoir s’appelle l’université, l’école, la formation et la réflexion collective. C’est là que nous devons livrer la guerre de « la civilisation durable » ; c’est là qu’elle se joue pour de bon.

Alors que l’excellente étude du Shift project révèle que nos grandes écoles portent un regard marginal sur la question climatique, que des étudiants mobilisés mettent en cause les insuffisances des cours sur la non-soutenabilité des modèles, que d’autres s’en prennent aux relations trop étroites entre entreprises et enseignements, que ces derniers dans l’économie et la finance tardent à intégrer la logique d’un modèle durable, que les professeurs de gestion valorisent toujours largement les canons de la croissance quantitative et que les sciences sociales ne s’intéressent qu’à la dénonciation, on doit s’inquiéter et réagir : la révolution durable se fera par les amphis ou ne se fera pas ! Il faut armer les esprits nouveaux d’un nouveau corpus intellectuel, en créant des chaires, en encourageant des diplômes innovants, en rénovant les contenus transmis et en organisant les relations éthiques et équilibrées entre les acteurs, dans la transparence et l’intégrité.

C’est sur le campus et dans les écoles qui y mènent, que se jouera l’avenir d’une démocratie responsable, écologique, solidaire, issue d’une reconstruction intellectuelle qu’on avait cru achevée avec l’avènement des algorythmes et l’échec du socialisme scientifique. Il y a là un défi formidable pour l’université européenne qui n’est plus enfin condamnée à courir dans le classement de Shanghai mais qui peut proposer les vérités et les fondamentaux d’une nouvelle «cosmogonie » qui allie enfin la question sociale, la question écologique, celle de la création de richesses avec la science de la bonne gouvernance et de la collaboration contractuelle entre acteurs privés et publics, ceux de la Société, des institutions, des entreprises, dans un « nouvel esprit des Lois » qui fonde son équilibre sur une réinvention de l’intérêt commun.

« La tragédie des horizons » a été un formidable coup de pied mis dans la fourmillière dirigeante par l’un de ses meilleurs représentants ; cherchons, écrivons et enseignons désormais « l’espoir des communs » en pariant sur l’intelligence qui nous reste par-dessus-tout. En collaborant vite. Une initiative s’impose sans tarder. L’appel est lancé. Nous attendons votre réponse sur : pdh@dhumieres.eu


Dernière ouvrage paru : « le courage  de l’Europe »
Le courage de l’Europe, appelle les Européens à dépasser leurs doutes historiques et à tirer parti du nouveau contexte stratégique pour bâtir « une puissance démocratique » autonome. Méditation sur le projet européen, son histoire et ses valeurs, et ode à la renaissance d’un continent qui est le seul, aujourd’hui, à pouvoir « penser l’universalité du monde », Le courage de l’Europe est d’abord une invitation à chasser le scepticisme qui envahit le discours européen depuis des décennies et à considérer la valeur de son modèle. Le courage de l’Europe vient en réponse à l’interpellation de Soljenitsyne qui dans son discours de Harvard accusait l’Occident d’avoir perdu le goût de l’essentiel et la volonté d’affirmer ses valeurs.

Expert reconnu dans les relations entreprises et Société, l’auteur s’est engagé très tôt en faveur de la construction politique en Europe. Aujourd’hui enseignant à Sciences-Po, CentraleSupelec et HEC, il promeut un modèle européen d’entreprise durable capable d’infléchir une mondialisation sans d’âme, ni règles. Installé à Conques, lieu où souffle l’esprit, il croit dans la force de la culture pour qu’une civilisation européenne joue tout son rôle dans la construction de l’avenir. : La nature politique de l’entrepreneur (Michel de Maule, 2017).

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Le management responsable, conséquence logique du Rapport Notat Sénard !

4 juin 2018

Après la publication du Rapport Notat-Sénard, le management responsable devient une évidence. Comment définir et faire vivre ce nouveau modèle du management responsable ? Voici quelques pistes.

Trois leçons à retenir du Rapport Notat-Sénard pour l’entreprise de demain

On retiendra trois grands enseignements du Rapport Notat Senard qui restera, à n’en pas douter, un socle refondateur de l’idée d’entreprise en France ; il nous fait sortir de cet écartèlement insupportable et coûteux qui perdure depuis des décennies entre modèle pro-actionnarial et modèle collectiviste ; il propose enfin « l’entreprise-projet » sur laquelle se retrouvent la plupart des femmes et des hommes qui travaillent quotidiennement à faire croître notre économie, « en Société ». Trois idées simples issues du rapport vont inspirer un nouveau consensus français à faire vivre :

  • Consensus 1 : l’entreprise est un pacte d’associés en vue de créer des richesses, assumé par la gouvernance qui doit considérer les enjeux sociaux et environnementaux au cœur du projet, afin de réduire les impacts négatifs et d’augmenter les impacts positifs dans son rapport au monde.
  • Consensus 2 : la réussite économique est un moyen nécessaire qu’il faut dépasser en associant équitablement les parties constitutives -actionnaires et salariés – autour d’un intérêt social qui explicite l’utilité du projet, les valeurs, l’équilibre entre les parties prenantes, c’est-à-dire une « raison d’être ».
  • Consensus 3 : les entreprises qui veulent s’inscrire dans une stratégie d’utilité collective engagée doivent pouvoir se donner volontairement, un cadre, une gouvernance, une transparence et un dialogue parties prenantes cohérent avec leur engagement.

En faisant leur plus juste place aux salariés dans la gouvernance, en hiérarchisant les objectifs de l’entreprise et en réintégrant le long terme, en faisant de la gouvernance la dépositaire et la garante du projet et de la responsabilité sociétale de l’entreprise, en encourageant l’écoute des parties prenantes au plus haut niveau, le Rapport Notat Senard dit tout haut ce que pensent les trois quart de la communauté économique et ouvre à la loi Pacte un terrain normatif minimum, au cœur de notre époque, bien éloignée des schémas conflictuels anciens.

Pour autant, cette mise à niveau du consensus public ne traduit pas encore la pratique générale et constitue une invitation à transformer nos mœurs, nos modes de fonctionnement, notre réalité sociale, qui après une addiction béate au capitalisme financier a du mal à intégrer la Société dans le management. Le management sera vraiment « responsable » le jour où les directions d’entreprises, les cadres supérieurs et les équipes opérationnelles, dans toutes les fonctions, s’empareront de la vision holistique de l’économie (« empowerment) et dépasseront le seul logiciel qui les anime aujourd’hui, consistant à maximiser leur efficience propre, sans considération sérieuse des intérêts externes à l’entreprise ; alors que l’impératif d’efficacité, plus que jamais légitime, a pour cadre imposé la réalité de l’intérêt collectif exprimé par toutes les parties prenantes, s’il veut vraiment maximiser les satisfactions.

Management responsable : transformer les valeurs et le logiciel de l’entreprise

Cette transformation des valeurs attendue par les générations nouvelles est l’un des moteurs de la disruption que nous vivons, en plus de la digitalisation et de la durabilité, nouvelles frontières de l’économie contemporaine. Ce passage d’un management ancien, centré sur les seules valeurs de l’efficacité traduite en monnaie vers le management nouveau qui cherche à émerger en conciliant la rationalité dans l’usage des facteurs avec la satisfaction des parties concernées, dans une vision élargie de l’eco-système de l’entreprise, est bien la mission actuelle des enseignants et des institutions de formation qui ont démontré une grande inertie coupable en la matière, se contentant jusqu’ici de dupliquer les lois du marché sans recul et sans perspectives et ne s’inscrivant jamais dans la recherche de la satisfaction collective des acteurs, clients ou non clients : au secours Porter, la valeur partagée n’est pas vraiment partagée !

La criticité des enjeux s’accroissant – climat, ressources, inégalités, besoins publics…- on observe enfin trois prises de conscience qui remettent en cause ce fameux management étroit et répétitif, rationalisé à l’excès, qui a atteint sa limite ;  elles sont à l’œuvre et de là dépendra le succès ou l’échec du « modèle d’entreprise durable et responsable » qui cherche à éclore depuis peu, à la demande générale de la Société, eu Europe tout particulièrement.

  • En premier, il y a la responsabilité des enseignants, dans les business schools. La doxa en vigueur sur les campus reste collée aux canons du mix marketing et on continue de confondre la stratégie avec l’extrapolation des ventes sans tenir compte de vingt ans de recherche sur la durabilité de la planète. La finance durable est largement absente des cours de finance, comme les problématiques de risque et de vigilance dans la gestion des achats ou les innovations de l’écologie industrielle dans les formations d’ingénieur, pour ne pas parler de l’ignorance des aspirations sociétales dans la R&D ou de la détérioration éthique et sociale du contrat avec le consommateur etc..Tout le contenu du management classique est à repenser au regard de la création de valeur durable, appelant la rénovation des outils de mesure – à quand un EBITDA Durable ? – et une autre façon de penser les objectifs et les résultats à atteindre ! Quelques institutions académiques ont ouvert cette révision des contenus mais le chantier reste un vrai défi intellectuel et collectif pour les années qui viennent.
  • L’autre responsabilité est celle des administrateurs et des directions d’entreprise qui ne peuvent plus se contenter d’objectifs commerciaux chiffrés et d’incentives dans les rémunérations des managers qui ne tiennent jamais compte de l’amélioration réelle des capitaux non financiers de l’entreprise. Le manager a la mission de développer le capital humain, le capital naturel, le capital immatériel et sociétal de l’entreprise, autant que son capital manufacturier ou financier. Mais « l’integrated thinking » n’est pas qu’une démarche conceptuelle ! C’est une vision intégratrice de la performance globale dont les managers doivent être chargés désormais, chacun à son poste, en leur donnant les moyens de s’intéresser à cette relation systémique du projet avec la Société toute entière, ce qui conditionne la pérennité de l’entreprise et sa capacité à créer de la valeur pour tous. A quand cette mission élargie, maintenant qu’on sait en mesurer les principaux résultats matériels ? Le ralliement important de l’IFA (Institut Français des Administrateurs) aux recommandations Notat-Sénard, faisant suite aux positions publiées sur le sujet par son club RSE, sont des encouragements positifs dans cette voie. Car un management, non soutenu par sa gouvernance, ne peut porter loin « la durabilité » du projet d’entreprise, c’est-à-dire sa compatibilité avec la durabilité même de la planète, définie par les fameux ODD auxquels acteurs publics et acteurs privés se réfèrent de plus en plus !
  • Enfin, la 3°responsabilité qui doit nourrir l’entreprise du 21°siècle, est celle des cadres concernés. Ils doivent mieux envisager leur mission au regard de la performance globale, dépasser les injonctions contradictoires et les simplifications coûteuses, « sans crainte et sans reproche », pour ne pas être des « appliquants bureaucratisés » mais des entreprenants audacieux. Le manager responsable est partout solidaire de la vision sociale, environnementale, sociétale de l’entreprise, là où elle est en cause, et en assume la bonne gestion qui n’est jamais isolable autour d’un seul paramètre, surtout financier. Il y a eu probablement une surestimation par les managers eux-mêmes de leurs contraintes et un suivisme excessif, frileux parfois, au contact des adaptations d’effectifs successives qui ont marqué la transformation continue des firmes ces derniers temps. Déficit d’audace ou étroitisation de la mission, ce management simpliste n’est plus de mise dans l’entreprise contemporaine qui ne peut plus penser et réaliser son projet hors de son éco-système global, qu’il s’agisse de passer des achats moins disant aux mieux disant, de la gestion des effectifs à celui du capital humain ou du marketing de séduction à la consommation responsable…. Aujourd’hui, des réseaux comme MR21 (Management Responsable) réunissent des cadres formés au développement durable et à la RSE qui ont décidé de faire évoluer les pratiques d’entreprise dans cette voie nouvelle. Ils se nourrissent des innovations discutées avec les parties prenantes, des schémas collaboratifs, d’acteurs qui ont inventé une autre façon de vivre l’intra-entrepreneuriat…Ces cadres n’hésitent pas à se former au « pilotage de la durabilité »*, concept nouveau et intégrateur s’il en est, dont des « business case durable » exemplaires viennent démontrer qu’on peut rentrer dans le moteur de l’entreprise, pour réussir à transformer l’offre, même si cela conduit souvent à devoir « changer la roue en roulant »…

Les managers responsables au coeur de la révolution managériale

L’intérêt du rapport Notat Sénard est de faire descendre dans l’entreprise la solution aux contraintes en cours pour échapper aux débats idéologiques et conceptuels qui ont tenu lieu de boucs émissaires jusqu’ici, pour ne pas se remettre en cause, pour déporter sur les autres le poids des contraintes et ne pas viser des horizons plus ambitieux et qualitatifs, en se contentant de l’accroissement des ventes et de la baisse des coûts ! Aux enseignants d’élargir enfin le modèle, de l’accompagner dans ses outils de performance globale et dans ses méthodologies alliant économie et sciences sociales, considérations physiques et intérêts humains… Aux gouvernants d’apporter des visions, des projets et des grands défis qui mobilisent la communauté de l’entreprise dans un rapport global au monde, ouvrant des opportunités de croissance attendues par les actionnaires en priorité. Et aux managers eux-mêmes de prendre leur pleine responsabilité de leur métier dans un monde qui ne se conçoit plus en vase clos, contre les acteurs critiques ; leur rôle est de retourner en avantage compétitif les contraintes d’un monde qui doit faire avec les exigences climatiques, le renouvellement des ressources, l’équité entre les genres et les personnes, qui nécessite aussi un partage transparent et solidaire de la valeur crée, une accessibilité pour tous aux services durables et des approches éthiques et sérieuses des enjeux que les technologies présentent.

La révolution de l’entrepreneuriat a tué l’assimilation du cadre d’entreprise à l’officier des armées, et celle de l’ouvrier au manutentionnaire sans qualification. C’est une nouvelle révolution managériale qui s’installe, faisant de chaque personne un maillon déterminant, qui n’a plus rien à voir avec le (petit) chef des années fordiennes, s’il existe encore. Le manager responsable est co-producteur du projet, co-animateur de la démarche globale et co-auteur du résultat collectif. Plus que d’entreprise « libérée », il faut désormais parler d’entreprise collaborative, en symbiose interne et externe avec son système de ressource (input) et de service (output) , dont l’image la plus juste est celle du « macroscope » de Joel de Rosnay qui est aussi celui qui a démontré que la génétique des systèmes vivants procédait d’une « épigénétique » liée à l’environnement et à la pression externe, tout aussi décisive pour la réussite du processus d’adaptation. La responsabilité managériale à ré-inventer n’est que la reconnaissance du rôle essentiel de la cellule humaine dans le corps vivant de l’entreprise, système macroscopique qui découvre ses interdépendances et la supériorité du travail collectif sur les chaînes isolées ou « faussement à l’abri ».

L’entreprise existe et se développe pour et avec la Société vivante et globale mais encore doit-elle se penser comme tel et se vouloir ainsi ; c’est tout le défi du management de ré-ouvrir les esprits et les savoirs sur le monde nouveau, sans barrières, sans peur et sans exclusion : l’entreprise qui réussit est consubstantiellement associée à toutes ses parties prenantes tant il est plus que jamais vrai qu’il n’y aura pas d’entreprises qui gagnent dans un monde qui perd….

*Les Master Class 21 enseignent ce pilotage de la durabilité – elles portent aussi chaque année « le forum du management responsable » ; le prochain se déroulera le 3 juillet 2018 – contact/invitations sur pdh@company21.fr

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Oui, toute entreprise a intérêt à se doter d’un comité parties prenantes!

5 avril 2018
Le rapport Notat Senard relance les comités parties prenantes

Le rapport Notat Senard relance les comités parties prenantes : clés de succès et bénéfice d’un dispositif bien pensé…

Cela fait des années que les entreprises anglo-saxonnes – Shell, Unilever, Marks & Spencer – ont ouvert la voie audacieuse des « comités parties prenantes » ; il a fallu du temps pour qu’elles soient rejointes par quelques grandes entreprises françaises, auxprises avec des controverses qu’elles pensaient neutraliser ainsi (cf. Edf, Lafarge…). Une des recommandations du Rapport Notat Senard – le rapport  demande essentiellement à la gouvernance de considérer les enjeux sociaux et sociétaux de l’entreprise – est de corriger cette frilosité de nos entreprises à discuter sereinement avec un échantillon d’acteurs sociétaux susceptibles d’enrichir les travaux des conseils, sans qu’on ait besoin pour autant de leur attribuer des droits ou d’institutionnaliser la procédure !

Le compromis proposé est le fruit de l’expérience accumulée par les pionniers du dialogue parties prenantes qui ont joué le jeu et s’en félicitent aujourd’hui (cas de Michelin, Veolia…De fait, il est dommage de se priver de l’avis des représentants des consommateurs, des riverains, des fournisseurs, des ong et autres acteurs sociétaux qui s’intéressent à l’entreprise ! Encore faut-il savoir sélectionner des personnalités qui sauront exprimer en leur nom des « critiques constructives » dont l’entreprise peut tirer grand avantage pour comprendre les tensions externes, les anticiper et les régler, d’une façon pro-active et positive. De fait, la procédure n’est pas mécanique et ne s’improvise pas : elle est avant toute chose le fruit d’un «savoir-faire  sociétal » qui repose sur « une culture du dialogue », exigeant de considérer ses interlocuteurs comme ils sont et de les écouter avec objectivité et bienveillance. Au-delà de ce pré-requis culturel fondateur, il existe 4 clés de succès au moins pour se doter d’un dispositif de relations parties prenantes apporteur de solutions et capable de nouer une relation avec la Société dont l’entreprise saura tirer parti pour sa croissance.

Première clé, établir le lien avec le conseil d’administration, via la participationeffective d’un représentant, son président dans l’idéal, qui se fera l’interprète des avis exprimés auprès du comité stratégique du conseil et du collège des administrateurs ; ce lien doit être poussé jusqu’à permettre l’expression du Comité devant l’Assemblée Générale et dans le Rapport de gestion, en respectant son indépendance, condition de sa crédibilité.

La deuxième facteur de succès est une représentation diverse et de qualité des membres du comité parties prenantes, en termes d’expertise, d’engagement, de sens opérationnel et stratégique à la fois, pour exprimer la perception externe des enjeux. La conséquence est qu’on ne sélectionne pas que les représentants qui vous conviennent ou vous plaisent mais ceux qui vous interpellent et vous stimulent. On ne choisit pas ses parties prenantes : on les constate !

La troisième condition de réussite consiste à poser les règles de fonctionnement du dialogue en préalable, en accord avec les acteurs, allant des modes de (non)communication à l’indemnisation des parties, en passant par le rythme des réunions et la construction commune de l’ordre du jour, sans craindre aucun sujet, aucune thématique et en mettant à disposition du comité l’information précise dont il a besoin pour approfondir les débats.

Quatrième clé de succès et non des moindres : accepter une animation tierce, qui garantit les conditions d’équilibre de la discussion et qui assure la synthèse des discussions afin d’engager le comité devant le Conseil, dans des formes reconnues par tous, en n’omettant aucune expression, fut-elle dérangeante… L’animation est en général extérieure aux parties.

C’est dans le temps qu’on percevra l’intérêt et les retombées positives d’un dialogue parties prenantes ; plus on saura donner confiance aux parties et plus on fera « monter » les vrais sujets et plus on les analysera de façon sérieuse, pour faire émerger des recommandations transmises aux instances de l’entreprise, en tirer des propositions d’action ou des accords.

Si le dialogue parties prenantes n’oblige évidemment pas le conseil et le management de l’entreprise à faire ce qu’on lui demande, ceux-ci ont au minimum « une obligation de réponse » : justifier les conséquences qu’on tire des sollicitations et propositions exprimées ! C’est la forme minimale de respect attendue par les acteurs extérieurs qui se penchent sur les enjeux de l’entreprise, espérant l’influencer et s’ils ne le peuvent pas, s’attendant à être écoutés et considérés…La confiance reste là aussi le curseur majeur de la relation à bâtir. Les comités parties prenantes constructifs et utiles sont bien ceux qui ont installé de part et d’autre un respect mutuel, autour d’une volonté de faire progresser la relation entre l’entreprise et la Société, à régler ses impacts négatifs les moins bien acceptés et à améliorer les impacts positifs les plus attendus.  Un dialogue doit être ressenti comme utile de part et d’autre ou il ne s’installe pas et ne dure pas.

Comme on le voit, il y a bien un art du dialogue parties prenantes qui fait la navette permanente entre les deux rives de l’enjeu contemporain croissant : « business vs Society » ; il confère au « passeur » une position médiatrice originale, dès lors qu’on touche aux vrais sujets et qu’on facilite ainsi la mutation durable des modèles. Initiative exigeante, méthodique, rigoureuse, volontariste aussi, qui s’inscrit dans le moyen terme, le dialogue avec les parties sociétales est d’abord une démarche au service de la mutation positive de l’entreprise. Il ne peut y avoir de mutation durable ancrée et réelle, si elle ne prend pas appui sur ce dialogue organisé, nouvel outil et nouvelle attitude des entreprises qui ont compris que leur avenir était d’agir « en Société », associant réalisme et audace, ouverture et collaboration.

NB.Pour réfléchir et organiser vos comités parties prenantes, nous mettons à votre disposition une expertise confirmée et un savoir-faire d’animation reconnu. Contact : pdh@company21.fr

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APRES LE RAPPORT NOTAT SENARD, « QUE FAIRE ? »

12 mars 2018

APRES LE RAPPORT NOTAT SENARD, « QUE FAIRE ? »

Les grands rapports ont toujours préparé les grandes réformes, même si beaucoup n’ont servi qu’à changer l’état des consciences. Ils ont pour vocation essentielle de remettre au centre de gravité de la Société des évolutions nécessaires, étouffées par les tensions entre les anciens et les modernes.

Le Rapport Notat Senard pose une pierre d’angle majeure au-dessus des controverses qui écartèlent l’idée d’entreprise en France, bloquée depuis que le CNPF a refusé « le double projet » d’Antoine Riboud, entre contempteurs du tout-marché qui ne jurent que par les dividendes économiques du progrès et les tenants de la régulation qui veulent concilier profit et responsabilité. Il est vrai que la RSE qui s’est introduite en France par effraction, grâce à quelques groupes pionniers, a bénéficié d’un sérieux coup de pouce avec la crise de la mondialisation, l’alerte climatique et l’arrivée des millenials qui voient s’installer avec angoisse une économie sans maître, si ce n’est la course à la taille et au bénéfice, qui ne les satisfont pas.

On trouvera dans ce rapport une mise au point très balancée, fruit de l’écoute des acteurs la plus large possible, qui constituera à n’en pas douter la référence sur le projet entrepreneurial pour le 21°siècle et la meilleure proposition qui soit pour rénover notre droit des sociétés, tout en renvoyant à la gouvernance des entreprises leur responsabilité propre sur la qualité sociétale de leur stratégie.

Puisse cette vision installer un nouveau consensus français sur « l’entreprise en Société », et clôturer une séquence historique qui nous a fait perdre beaucoup d’énergie collective. On est en droit d’espérer de cette réflexion qu’elle aide l’économie française à rentrer mieux et plus vite dans « le modèle durable » qui s’impose comme celui du monde qui vient. Et qu’on cesse de suivre en Europe un modèle friedmanien qui reste un détournement du projet entrepreneurial au profit de quelques uns, ce que JK Gabraith avait déjà expliqué et que les financiers ont occulté jusqu’à ce que les pénalités de la dernière crise (350 milliards !) ne remettent en question la survie de l’édifice…

Trois catégories sont particulièrement interpellées par ce rapport : les parlementaires, d’abord, pour qu’ils transcrivent vite les recommandations législatives, sans les dénaturer, car l’équilibre trouvé autour de « l’intérêt social de l’entreprise » concilie bien les deux dimensions, collectives et privées. L’autre catégorie concernée est la communauté des administrateurs et des dirigeants d’entreprise qui n’ont plus à s’interroger indéfiniment sur l’opportunité de « considérer » ou non les impacts et qui se voient réclamer une vision de long terme, garante de la pérénnité et de la durabilité du projet. C’est là que se situe la charnière du changement : le plafond de verre au sommet est encore le plus rétif et n’hésite pas à faire pardonner son cynisme par de la philanthropie consentie, comme on le fait si bien outre-atlantique… La troisième catégorie concernée est celle des « acteurs sociétaux » qui sont appelés à jouer la carte des coopérations et des coalitions pour co-construire des stratégies économiques et sociales intelligentes et progressives, susceptibles de traiter les grands enjeux collectifs du moment, ce qui ne les empêche pas de dire ce qui est et ce qui ne va pas !

Il est important que ce rapport soit lu et considéré par la communauté économique, car si l’entreprise est pour partie la solution des problèmes du monde, et si beaucoup de groupes ont fait remonter la durabilité dans leur modèle, comme le rappelle le Rapport, au final nous savons « qu’il n’y aura pas d’entreprise qui gagne dans un monde qui perd ». Il y a une philosophie politique qui émane de ce travail et qui est largement celle inspirée par le Chef de l’Etat : que les dirigeants choisissent la logique contractuelle et cessent de se retrancher derrière la norme publique pour « faire leur job », facilité politique pratiquée depuis des décennies.  On espère que le nouveau président du Medef fera sienne cette doctrine et aura à cœur de la promouvoir au sein de Business europe, pour que le modèle durable soit harmonisé en europe et transformé en atout compétitif.

Jean-Dominique Senard l’a rappelé souvent dans ses présentations : il faut s’approprier cette nouvelle définition de l’entreprise, permettre aux « entreprises à mission » de s’exprimer, faire rentrer « la raison d’être du projet » dans les Conseils, pour avoir toutes les chances de rallier nos partenaires européens à ce « capitalisme rhénan » qui est aussi un « capitalisme des parties prenantes », même si le mot a été renvoyé aux bonnes pratiques. L’Europe trouvera sa maturité politique autour d’une démocratie réelle et d’un socle de droits sociaux communs, mais aussi en promouvant « une économie de marché responsable », parfaitement concurrentielle et en tout cas plus digne de confiance et attractive que le classement de Fortune. Ce message que l’on croyait improbable est devenu possible. À nous de le rendre effectif et convaincant.

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Pourquoi on va passer des declarations RSE à la mesure de la durabilité de l’entreprise…

7 mars 2018
Pourquoi on va passer des declarations RSE à la mesure de la durabilite de l'entreprise...

Jusqu’à maintenant, on n’a cessé de sophistiquer la transparence et le champ des informations extra-financières pour permettre aux parties prenantes de savoir ce que faisaient les entreprises en matière sociale, environnementale, sociétale, laissant les raters et les fonds spécialisés utiliser ces données à leur main. On sait aujourd’hui que cela ne suffit pas car derrière les déclarations de bons comportements, on ne sait pas dire si l’entreprise progresse vraiment dans un sens « durable » ou non, au regard notamment des Objectifs du Développement Durable qui s’imposent comme le méta-référentiel universel.

Dans l’étude ci-dessous, Patrick d’Humières explique comment on doit passer de la métrique RSE à la mesure de la durabilité, à travers quelques indicateurs simples et fondamentaux, dont la tendance rapportée à celle de la croissance de l’entreprise, permet de dire si elle avance sur une trajectoire durable ou non. Il est possible que dans les années qui viennent, cette mesure de la durabilité trouve son cadre et permette enfin des comparaisons effectives.

Lire l’étude : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le business model durable

Pour en savoir plus: pdh@company21.fr

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Ne pas mélanger RSE et intérêt général !

27 février 2018
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Nos offres de formation pour maîtriser le management de la durabilité des entreprises et des organisations :

➢ Le Séminaire international des Cadres d’avenir euro-africains– Casablanca, 8-12 mai 2018
➢ Les Master Class 21 de CentraleSupelec Exed – 10 sessions par an, prochaine promotion novembre 2018 –juin 2019
➢ Les Ateliers 21, une journée de travail collectif sur les grandes techniques de la RSE
➢ Conférences et interventions pédagogiques sur « l’état de l’art de la RSE, outil de performance durable » En partenariat avec Des Enjeux & Des Hommes – inscription mathildechampenois@desenjeuxetdeshommes.com

Dans l’attente du rapport Senard Notat, pour moderniser le rapport de l’entreprise avec la Société.

La France s’est enfin engagée sérieusement dans un débat de fond pour mettre à jour sa définition du contrat d’associés dans le code Civil, datant de l’Empire, des débuts du capitalisme où il s’agissait de distinguer le patrimoine des personnes privées de celui de leur investissement commercial. Deux siècles après, cet accord entre les associés a produit « l’entreprise » qui est devenue le cœur de la Société, après la Nation ; pour autant, le rapport de l’entreprise à la Société n’est toujours pas défini.

On laisse la gouvernance faire sienne – ou non – cette question, à l’intérieur d’un cadre de lois très nombreuses, mises en place pour protéger les salariés, les consommateurs, les riverains et les actionnaires aussi, de la puissance montante du business. Mais nulle part en France, le projet entrepreneurial n’est posé en dehors de son origine historique de l’intérêt des associés. La modification de l’article 1833, comme la place renforcée des administrateurs salariés et les recommandations de bonne gouvernance, sont plus que jamais justifiées pour améliorer le cadre du gouvernement d’entreprise et mieux répondre aux enjeux sociétaux croissants.Parvenir à une rédaction juridique moderne qui dit enfin que « l’entreprise agit en Société, considérant ses parties prenantes », voire « …et qu’elle prend en charge ses impacts », n’est pas un exercice insurmontable ! Cela ne crée pas de nouveaux droits automatiques au-delà de l’arsenal légal existant ; on se contente de constater cette relation, pour dire qu’elle fait partie du rôle de la gouvernance ; à cette dernière d’en tirer les conséquences et à ses administrateurs de l’assumer dans leur collégialité.
A cette fin, le Conseil dispose désormais de la RSE qui lui permet d’orienter le management dans le sens de « la durabilité » et d’outils de mesure pour suivre la trajectoire de l’entreprise en ce sens – au regard de la décarbonation nécessaire, de la gestion des ressources non renouvelables, du respect des droits humains et sociaux, de la répartition de la valeur équitable etc.. – tout en s’informant objectivement de l’avis des parties prenantes qui aident à projeter les risques et opportunités de son contexte, là où elle agit, sur toute sa chaîne de valeur. Cqfd !

Comme on le voit, le débat n’est qu’une mise en conformité du texte de base avec une réalité déjà très bien engagée dans la pratique générale des groupes cotés, soumis aujourd’hui à une pression d’investisseurs éclairés qui requièrent des actifs tournés vers des visions collectives de long terme. Libres ensuite aux entreprises de poursuivre une gestion « tout économique » et à celles qui le souhaitent d’affirmer une «double gestion économique et sociétale ». Il suffira de donner à ces dernières la possibilité de proposer à leurs associés d’expliciter la mission de leur choix, qui s’imposera statutairement aux administrateurs et aux managers. Certes, ils devront en rendre compte, au risque de se trouver en contradiction avec l’objet qu’ils ont défini et de décevoir leurs parties prenantes.

L’intérêt de cette évolution est plus que symbolique ; il s’agit de consacrer juridiquement une ouverture possible vers « un capitalisme de parties prenantes » qui cherche à s’affirmer, sans contraindre, ni déjuger « le capitalisme actionnarial » qui est aujourd’hui le modèle dominant, même si ses excès satisfont de moins en moins les salariés et les citoyens, comme les consommateurs et les actionnaires qui voient bien l’aggravation des risques systémiques et l’absence de sens du projet.
De fait, la vraie conséquence juridique de cette ré-écriture serait de donner enfin une existence au concept de « parties prenantes » qu’on s’est refusé à consacrer jusqu’ici dans le code civil, voire dans le code du commerce, en tant que « partenaires de l’entreprises à considérer ». Il serait aussi judicieux d’y ajouter le même constat sur le concept d’impacts qui y est associé et qu’il faut expliciter, si on ne veut pas le nier, tout en laissant le choix aux administrateurs et aux lois du niveau de prise en compte.

On est bien dans un débat de bonne gouvernance et de reconnaissance ouverte et volontaire de l’engagement sociétal de l’entreprise, pas plus, pas moins ! On introduit ainsi l’intérêt de la RSE, à l’intérieur du jeu économique, pour corriger les externalités, sans modifier les règles de marché ou de pouvoir, à ce stade… Il n’est donc pas question « d’intérêt général » au sens où la philosophie politique l’a défini à l’époque des Lumières pour proposer sa construction légitime, centrale, contre les intérêts féodaux éclatés !
Jamais la responsabilité d’entreprise n’a consisté dans sa conception et sa pratique à préempter « l’intérêt général »
; elle se contente de veiller à ne pas y nuire d’abord, en réduisant les impacts négatifs, et de le favoriser ensuite, en apportant des impacts positifs. Mais la définition et la gestion de l’intérêt général restent bien l’affaire des citoyens, dans le cadre du processus démocratique de formation de la décision politique et de gestion des affaires publiques. La RSE bien faite collabore avec l’acteur public et la Société pour faciliter l’émergence des intérêts collectifs mais elle ne doit en aucun cas prétendre s’y substituer ou alors on rentre dans l’abus de pouvoir de l’économique sur le politique..

Ceux qui prétendent que reconnaître un capitalisme de parties prenantes, c’est « demander aux entreprises de s’occuper de l’intérêt général », font donc fausse route ; ils instruisent un mauvais procès, comme si on voulait, à tort, « substituer l’entreprise Providende à l’Etat Providence… » ! Il ne s’agit pas non plus de « confier les biens communs aux entreprises », crainte idéologique destinée à illégitimer l’implication de l’entreprise dans la vie sociale. C’est un procès qu’on a instruit dans les années 80 quand le mécénat d’entreprise est né en France ! De nombreux dirigeants l’ont combattu à l’époque en imaginant qu’on allait taxer indirectement l’entreprise… alors même que c’est la défiscalisation de ses dons qui l’a emporté, entraînant une reconnaissance du rôle positif de l’entrepreneur « en Société », non pas à la place de l’Etat mais à ses côtés, chacun dans son rôle !

Cette modernisation du pacte des associés est très attendue parmi toutes les propositions que feront Nicole Notat et Jean-Dominique Senard ; il ne faut pas la craindre, car c’est une modalité de progrès pour gérer ses impacts et créer de la valeur durable. Sa principale conséquence sera de conduire l’entreprise à devoir mieux dialoguer avec ses parties prenantes, pour apprécier la portée et la maîtrise des impacts découlant de l’activité , en déduire les risques et les implications et convenir de modalités de collaborations, les plus innovatrices possible. La France se caractérise par une très faible culture et pratique de la relation parties prenantes. La modernisation du 1833 apporterait à la gouvernance d’entreprise cette exigence d’un dialogue social et sociétal meilleur, plus régulier, plus ouvert, mieux partagé, tourné vers la recherche d’une relation construite avec des publics tout aussi déterminants que l’actionnaire pour assurer la performance du projet et garantir sa pérennité.

Loin de transférer l’intérêt général à l’entreprise, il ne s’agit dans cette affaire que de rappeler que l’entreprise agit « en Société » ; en induisant qu’elle doit tendre vers la durabilité, conformément aux aspirations de ses grandes parties prenantes à équilibrer (cf. Découplage, Equité, Accessibilité, Loyauté du modèle). Ce qui est d’intérêt général c’est de donner à l’entreprise française aujourd’hui, un cadre d’exercice de son projet plus en phase avec son contexte sociétal, la biosphère, l’intérêt de tous ses publics, pour qu’elle soit la plus contributive possible, à quoi l’on mesurera bientôt la performance entrepreneuriale. Ce qui nous évitera de la destruction de valeur qui coûte si cher à tout le monde, des conflits aux accidents, de la dépollution à la défiance. Et ce qui permettra de saisir les opportunités innovatrices du nouveau monde qui doivent mobiliser notre énergie collective !

Nb. L’Académie Durable propose une méthode d’analyse et de gestion du dialogue parties prenantes fondée sur une expertise de plusieurs années élaborée avec les acteurs pionniers de « la relation business & society » – contact : pdh@company21.fr

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L’affaire Lactalis, dernier avatar du monde ancien…

15 janvier 2018

Quelle entreprise n’est pas confrontée un jour à un accident, une erreur ou une malveillance ? Cela est arrivé, arrive et arrivera aux meilleures entreprises. Loin de nous de juger, hors connaissance de cause, et du reste, depuis plus de trois semaines que l’information est parue sur le risque sanitaire associée à l’usine Lacatalis de Craon, on ne peut pas dire que l’opinion et les acteurs publics n’ont pas fait preuve de patience et de compréhension, s’attendant à ce que la distribution des produits et l’information donnée soient rapidement maîtrisées, comme il se doit.

Quand Laurent Joffrin titre à la une de Libération à mi-janvier – « Lactalis, c’est quoi cette boîte de lait ? », l’accusant d’avoir sous-estimé le risque et freiné les mesures attendues, il ne fait qu’exprimer un point de vue général sur la perception d’une préoccupation insuffisante de la part des dirigeants des conséquences de la situation pour les consommateurs – des enfants – pour les éleveurs – qui ont déjà la vie dure – et pour l’ensemble de la filière lait, fragilisée, observée et vulnérable. Accumulant les reproches sur le culte du secret, la dureté dans les négociations, l’absence de discours et d’attention aux problèmes collectifs, on ne peut pas dire que Emmanuel Besnier dispose d’un crédit qui lui facilite les choses. Et on ne comprend pas qu’à l’ère de « la responsabilité d’entreprise », il ait attendu tant de temps pour s’expliquer, rassurer sur tout ce qui est fait pour rétablir les choses et compatir avec « son public » sur l’engagement total de régler le problème sans attendre que les pouvoirs publics et les medias lui fassent la leçon. Dans son intérêt d’abord !

Prenons de la hauteur à ce sujet car cette attitude exprime la fracture existante entre les entreprises de l’ancien monde – qui ne donnent le sentiment de ne s’intéresser qu’au marché – et celles du nouveau monde qui agissent « en Société » et qui en tirent les conséquences, à l’exemple d’un autre grand du lait, Danone, le premier à avoir considéré que la mission économique n’est pas dissociable de la mission sociétale de l’entreprise. Cette crise tombe au mauvais moment – ou au juste moment ?- dans le débat public qui traite de cette question ; elle met à mal évidement tous ceux qui nous parlent de l’autorégulation et de la bonne volonté des chefs d’entreprise comme du seul mode de gestion des problèmes, nous faisant croire que la sagesse du dirigeant suffit, surtout s’il est un géant mondial qui a réussit financièrement. Pas plus que la loi ne peut tout régler, l’auto-régulation n’est plus depuis longtemps la voie appropriée à la complexité du monde ! Certes, le Code Civil actuel et la doxa libérale, font du dirigeant-actionnaire-manager le seul arbitre des décisions d’entreprise ; c’est bien pour cela qu’il faut acter désormais que la bonne gouvernance doit consister à considérer ses parties prenantes et qu’elle ne peut rester le domaine arbitraire et solitaire du dirigeant.

Remercions Emmanuel Besnier (indirectement) de la démonstration grandeur nature offerte : il est devenu impossible désormais de gérer l’immense responsabilité qui va de pair avec la volonté d’un groupe d’occuper une place déterminante dans un métier, dans le monde et dans des régions, sans rendre des comptes, sans dialoguer, sans négocier et sans collaborer en permanence avec toutes ses parties prenantes. « Le management de l’ancien monde » ne tient plus. Et ce d’autant que « le management du monde de demain » le disqualifie, venant d’acteurs économiques de plus en plus nombreux qui ont introduit dans leur modèle et leur stratégie les objectifs de durabilité du contexte social, environnemental, sociétal, qui les concerne : lutter contre le réchauffement climatique, gérer les ressources avec sobriété, partager la valeur de façon équitable, être sûr et loyal, transparent et à l’écoute, innovant et collaboratif ! Voilà pourquoi cette affaire, grave, est simple aussi : on ne demande pas l’impossible à l’entrepreneur, ni le zéro défaut ; on lui demande d’accepter la contrepartie d’une position acquise et voulue, en assumant un management responsable et durable, indissociable d’une stratégie de conquête, qu’on a plutôt envie de saluer et d’admirer parallèlement, car elle sert aussi l’intérêt agro-alimentaire français. Et qui rapporte sûrement plus que les comportements très coûteux d’une sous-estimation des attentes de ses partenaires !

Certes, ce n’est pas parce que la future loi sur la définition de l’entreprise dans le Code Civil aura posé que « le Conseil dans sa décision collégiale considère l’intérêt de toutes ses parties prenantes » – et pas seulement celui des associés – qu’il n’y aura plus d’accidents dans les usines ! Mais, en élevant le niveau d’exigence collective, en précisant mieux ce que doit être la démarche responsable à la tête d’une entreprise, on veut croire que la pratique opérationnelle rejoindra le consensus d’opinion et que le refus d’assumer ne sera pas seulement critiquable mais qu’il deviendra forcément « hors jeu ». C’est ce que reconnaît, contraint et forcé Emmanuel Besnier dans son entretien au JDD. Et c’est parce que tout le monde souhaite qu’il reste un des grands acteurs mondiaux de l’industrie laitière, qu’il faut prendre acte de la primauté de la Société sur le marché et qu’il faut reconnaître que « le modèle de management durable et responsable » est devenu le seul légitime dans ce monde ouvert, risqué et intraitable qui est le nôtre en 2018.

Le blog

2018, THE TRANSFORMATION YEAR

18 décembre 2017

La révolution digitale, obsédante et vitale pour les entreprises, conduit les dirigeants à sous-estimer l’autre révolution qui transforme en profondeur les valeurs des citoyens et des clients, les exigences juridiques et politiques de la Société et les opportunités formidables de l’économie verte et sociale : celle de l’aspiration angoissée à « la durabilité de la planète » et conséquemment des business et de leur gouvernance. Le monde alimentaire va continuer de se faire » disrupter », comme celui de la mobilité, de la construction  ou de la santé…nulle part et personne n’est indemme. Sous la pression d’une société civile qui a pris le pouvoir dans les démocraties évoluées, aucune activité n’échappe progressivement à la nécessité de tendre vers « le zéro carbone », de devoir rendre compte de son utilité sociale, de réviser plus justement son partage de la valeur, d’introduire de l’éthique dans l’innovation et de collaborer équitablement  avec les territoires,  en contrepartie d’une formidable confiance qui est accordée à l’économie d’entreprise pour satisfaire les aspirations matérielles de 7 milliards de personnes sur terre, mais tout en acceptant un peu de « mission collective »…

2018 devrait voir ce basculement historique dans les rapports Entreprise et Société après des décennies où le jeu du business s’est  auto-alimenté de sa satisfaction interne pour l’essentiel.  Les nouveaux talents, les investisseurs éclairés et les consommateurs critiques ne s’en contentent plus. Les marques engagées vont l’emporter sur les offres dépassées par cette demande collective qui n’est plus réversible et dont la force prescriptrice s’impose. Cela a des conséquences directes sur la législation, nationale et internationale : la santé n’est plus négociable, la fiscalité n’est plus un jeu  et l’information ne doit plus être manipulée pour  citer quelques un  des enjeux de fond qui rendent illégitimes des stratégies mercantiles qui n’ont pas voulu se poser ces questions jusqu’ici. Quand un groupe historique est poursuivi pour financement du terrorisme, quand des distributeurs doivent revoir le discours prix, quand des énergéticiens doivent passer au vert, malgré eux, quand des banquiers doivent intégrer « l’extra-financier » et quand les produits de consommation doivent passer de la chimie au naturel etc.. c’est bien qu’aucun modèle ne résiste plus à sa « non-durabilité » !

« La Transformation durable » est en marche mais reste à faire, en 2018, à travers quelques évolutions simples qui aideront à assouplir les cadres anciens, obsolètes et inadaptés. S’agissant de l’intégration de la RSE dans le modèle de l’économie de marché internationale, 3 à 4 mutations d’importance devraient se préciser cette année, en effet, à travers la pratique des pionniers : l’intégration des risques courants et RSE matériels pour délivrer des stratégies à impact positif ; la plus grande  prise en compte de la valeur globale, financière et extra-financière, avec des indicateurs de référence comme l’EBITDA Durable et  l’attention portée aux parties prenantes, mieux écoutées et suivies, pas pour altérer mais pour aider la décision  des dirigeants.

Pour autant, il faudrait inscrire dans la gestion, par les textes ou les engagements,  trois éléments constitutifs d’une entreprise durable  qui font défaut aujourd’hui (voir notre analyse dans La Tribune) : la délibération des Conseils sur les résultats extra-financiers, en vue d’assumer des trajectoires de progrès ; la possibilité pour les associés de se doter d’une « mission » qui les engage auprès de leurs parties prenantes, à consacrer enfin dans le droit et l’encouragement de l’appel à l’épargne fléchée à travers un ISR labelisé qui avantage les souscripteurs particuliers, afin de favoriser l’épargne  pour les entreprises engagées, comme on vient de réussir le mouvement des obligations vertes.  Cette collaboration entre l’Entreprise et la Société dépendra largement de la dynamique européenne et donc en 2018 d’un consensus franco-allemand sur le sujet, qu’il faudra aller chercher autour de 3 mécanismes fondamentaux  qui  peuvent ramener la mondialisation vers plus d’équité : introduire les critères RSE dans le droit de commercer avec l’UE, d’abord, organiser un pilotage de l’universalisation de la RSE en coordonnant les acteurs en place et enfin en judiciarisant forcément le non-respect des principes reconnus, comme ceux de l’OCDE, au niveau des groupes. Ce ne serait que mettre le droit en conformité avec les rapports établis et uniformiser sur la planète-business un fonctionnement de base  devenu incontrôlé. Nous proposerons un débat sur ces sujets avec nos partenaires allemands début 2018.

Déjà, plusieurs acteurs œuvrent  en ce sens ; pourquoi ne pas se donner l’objectif en 2018 d’aller vers ce « cadre européen de l’entreprise durable et responsable, souhaitable », préfiguration d’un mouvement qui s’affirme inéluctablement et qui serait expérimenté chez nous  d’abord par les acteurs économiques, grands et petits, publics et privés, qui veulent ressourcer le pacte entre investisseurs, salariés, clients et citoyens sur des bases d’utilité collective, complémentaires de la réussite productive. Si vous souhaitez vous y associer, avec toute la communauté du management responsable qui s’agrandit d’année en année, nous vous accueillons en 2018 parmi tous ceux qui veulent réussir la transformation, au plus près d’eux et de la planète en même temps.  Heureuse année durable, d’engagement et de progrès collectif.

En 2018 nous vous proposons de vous inscrire dans cette dynamique de la durabilité, avec :