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Le sens de l’actualité durable

2 septembre 2019

Un mot clé se détache de l’agenda estival passé, très riche en initiatives globales et locales et questionnant plus que jamais « notre rapport à la Terre », pour reprendre l’expression juste de Bruno Latour qui préface le remarquable « Atlas de l’Anthropocène » aux presses de Sciences-Po : c’est le mot « accélération ».

Accélération des phénomènes, autour du rapport du Giec sur les terres, accélération des initiatives politiques avec le G7 et économiques autour d’engagements nouveaux et par-dessus tout « accélération de la prise de conscience écologique de la Société, qui change la donne… sous la pression de jeunes… qui poussent les entreprises à investir dans une nouvelle manière de faire », comme le remarque l’éditorialiste des Echos, David Barroux, effaçant les interrogations sur la récession qui pointe, les taux d’intérêt qui sont à plat et les éruptions conjoncturelles !

  • Il y a le feu en Amazonie mais aussi en Sibérie et dans le nord où meurent les rennes du Svalbard ; juillet 2019 fait battre des records de température, donnant un nouvel écho dramatique au Rapport du Giec sur la gestion durable des terres ; Valérie Masson-Delmotte, la co-présidente française précise que « si on veut réduire les risques qui pèsent sur notre sécurité alimentaire, il faut réduire les émissions de l’ensemble des secteurs ». L’effet sur la ressource en eau inquiète la Banque Mondiale qui y voit un facteur de ralentissement de la croissance , faisant dire aussi au Président de Suez que « le manque d’eau nous affectera avant la hausse des températures ». Sans parler de l’impact sur l’air que nous respirons dont les scientifiques considèrent que sa toxicité, liée à l’ozone et au dioxyde d’azote provoque rien qu’en Europe 800 000 décès prématurés chaque année.
  • Ces alarmes qui s’amplifient suscitent des réactions, d’autres chercheurs qui pensent que « l’effondrement n’est pas inéluctable » (J.Jouzel, A.Grandjean…) et des mesures de toutes sortes : la Chine s’engage à relever sa contribution (NDC) « au niveau d’ambition le plus élevé possible d’ici 2020 », date où elle réunira la Cop 15 de la convention de la biodiversité ; le gouvernement britannique qui a proposé d’accueillir la Cop26 la même année, en appui de son objectif de neutralité carbone, énonce une ambition élevée de « finance verte » dont il veut faire « une opportunité commerciale substantielle » ; au même moment, la place de Paris s’engage pour la neutralité carbone à 2050 et poussent ses investisseurs à plus d’efforts, considérant que « le risque climatique est un risque financier » ; le gouvernement français propose « un pacte de 23 mesures pour préserver l’eau » et affiche la plus grosse « dette verte » (OAT) de près de 20 milliards. Ceci profite à la bourse européenne du carbone mais aussi aux « rhino bonds » qui mettent la finance au service de la préservation des espèces en danger…
  • Ces signaux font dire à la déléguée des Entreprises pour l’Environnement qu’il « y a une prise de conscience accélérée des entreprises », ce que confirme l’impressionnante liste de prises de position du business cet été : lancée par Maurice Levy qui réclame dans Le Monde un « libéralisme plus humain », elle va des plus gros investisseurs (500) qui réclament au Gouvernement du G20 des mesures d’urgence pour s’aligner sur les Accords de Paris, aux pionniers qui apportent au G7 de Biarritz, qui « l’engagement exemplaire du secteur textile » (François-Henri Pinault), qui la diminution de la vitesse du transport maritime (R.Saadé, CMA-CGM), qui « 1 milliard conte les inégalités et la pauvreté » (E. Faber, Danone et 33 multinationales engagées dans une croissance inclusive), tous comprenant bien que « le climat offre aussi à l’économie de marché la possibilité unique de se renouveler alors qu’elle semblait avoir atteint ses limites » (JP Mignard, Les Echos). Au même moment ce sont 320 investisseurs institutionnels du Climate Action + qui interpellent les grandes entreprises européennes de matériaux de construction, avec des mesures applicables concrètement, le WBCSD qui appelle à plus d’actions des CEO sur les droits humains, et CSR Europe qui propose « un nouveau deal pour l’Europe autour des ODD comme boussole pour ses entreprises ». Mais l’accélération est aussi visible aux USA où 200 très grands patrons membres de la Business Round Table revendiquent de ne plus s’en tenir à « la vision friedmanienne de tout pour l’actionnaire » et à « générer de la valeur pour l’ensemble des parties prenantes… », considérant qu’il faut répondre aux « questions que les gens se posent sur la mesure dans laquelle le capitalisme sert la Société » et que « les entreprises durables seront les plus performantes », selon l’expression répétée aux Echos du patron de BlackRock. A quoi répond le chef économiste de Natixis, Patrick Artus, que le capitalisme a largement répondu à l’objectif matériel qu’on lui avait assigné, alors que la jeune professeur de Harvard, Julie Battilana déclare que « les entreprises devront rompre avec les normes dominantes depuis plusieurs décennies » et se repenser en conséquence.
  • C’est dans ce contexte de doute et de revirement idéologique que le gouvernement allemand se prépare « à mettre au pas ses entreprises pour plus de responsabilité éthique à l’étranger » et que le gouvernement chinois n’hésite pas à étendre « le contrôle social » aux entreprises, même étrangères, en utilisant toutes les potentialités numériques de suivi de leur activité. De fait, si « la technologie peut apporter des solutions, il faut la coupler avec des réglementations fortes » énonce Dominique Seux (Les Echos). Quant à réviser nos dogmes, tant que « les préjudices que Facebook entraîne sont jugés inférieurs au plaisir d’utiliser ses services », rien ne bougera, rappelle François Miquet-Marty (Viavoice). C’est pourquoi, les appels à mettre un « purpose » – une raison d’être en Français, terme proposé par la loi Pacte – dans les stratégies, se multiplient : « put purpose at the core of your strategy », recommande la Harvard Business Review de septembre.
  • Ramené au niveau des entreprises, le mouvement s’accélère aussi : Unilever propose de « sortir des produits qui n’ont pas un impact positif pour la communauté », comme Marmite, Pot Noodle… ; ce sont les consommateurs consultés par « qui c’est le patron » qui proposent d’élever le prix du beurre pour mieux rémunérer ses éleveurs ; ce sont les filières du secteur événementiel qui renforcent leur prescription d’éco-responsabilité et celles des déchets du bâtiment qui formulent des propositions d’amélioration avant qu’une filière REP ne les vise ; mais ce sont aussi 7000 institutions d’enseignement supérieur, dont 6 grandes écoles françaises qui s’engagent vers un objectif 0 carbone, ESCP europe et Sciences-Po faisant leur rentrée autour du thème du climat. Mais rien n’est acquis à en juger par la vivacité du débat fiscal sur le mécénat d’entreprise, qu’on croyait réglé,après l’annonce d’un petit rabot du gouvernement, les uns considérant qu’on démotive les donateurs, les autres qu’ils n’ont plus besoin de cela pour s’engager…Rien n’est acquis non plus au Vatican qui envisage de nommer pour la première fois un commissaire aux comptes pour acter de la bonne transparence de sa Banque ! Rien n’est acquis à Hong Kong où les entreprises qui soutiennent le mouvement Prodemocratie sont mises au pas sans que les autres ne disent rien…Ce sont les aventuriers François Gabart et Thomas Pesquet qui invitent à remettre tout cela en perspective, alertant sur la finitude de la planèt et renvoyant chacun à prendre sa responsabilité : « la terre reste un petit oasis dans un désert » !

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