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Oublions la RSE des années 2000 et inventons la durabilité des années 2020 !

14 novembre 2017
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Les messages nouveaux s’accumulent, inquiétants et positifs à la fois : alerte lancée par la communauté scientifique sur le risque de non-retour des atteintes à la biodiversité du globe, reprise de la montée des émissions de CO2, panique sur le front de l’information où les fausses nouvelles se multiplient, course de vitesse entre la création d’emplois qui s’essouffle et la démographie qui continue de monter mais aussi illégitimité de plus en plus partagée de l’évitement de l’impôt par les grands groupes, abaissement significatif des coûts des énergies renouvelables, mobilisation spectaculaire des acteurs financiers en faveur de la décarbonation des actifs ! L’humanité s’enivre de nouvelles technologies mais elle ne maîtrise pas le vaisseau, entre orages non désirés et éclaircies encore visibles…

L’ennui est que les forces de stabilisation géopolitiques ne sont pas au rendez-vous, tout au contraire : une hyperpuissance qui godille entre grandes menaces et petites manœuvres, une europe qui parle peu et à la vitesse d’un vieillard, des Nations Unies qui organisent sommets après sommets, sans audace ni leader, et partout des problématiques nationales paralysantes, du moyen-orient à la Chine, donnant raison à l’unique message de Trump : que chacun défende ses intérêts d’abord. A un moment où seule une gouvernance collective peut produire des forces centrifuges, celles-ci se cherchent dans les initiatives sociétales spontanées et éparpillées qui sèment des graines de solutions, prudentes et bienveillantes, mais qui ne sont pas à la hauteur des dérèglements observés. De Rio à Paris, des réactions se sont construites en 30 ans, sans qu’aucune institution ne soit en mesure de mettre le développement sur les rails de la durabilité…

Pas étonnant qu’on renvoie les espérances sur les seules organisations puissantes, riches, organisées qui gouvernent le monde sans partage aujourd’hui : les entreprises ! Le paysage des « relations entreprises & Société » a connu trois phases depuis l’ère industrielle : le décollage occidental jusqu’à la deuxième guerre mondiale où les Etats ont été à la remorque des capitalistes conquérants, puis le temps de la contestation, de la question sociale à la question écologique, que les syndicats puis les ONG ont nourri, pour tenter de construire un Etat Providence qui équilibre les avantages et les inconvénients de la consommation de masse, jusqu’à la fin du 20°siècle et aujourd’hui nous sommes dans un temps qui s’organise essentiellement entre les deux rives du Pacifique où s’affrontent modèle d’Etat contre modèle privé, courant derrière les excès écologiques d’une mondialisation sans pilote dont le défi principal est celui dit de « la régulation choisie ». La conséquence politique est simple : où la puissance du business continue d’exploiter les défaillances de la régulation et « il ne gagnera pas dans un monde qui perdra », ou il prend sa responsabilité pour co-construire des équilibres sociaux, environnementaux, sociétaux et de gouvernance (ESG), en s’imposant des cadres collectifs qui préservent des « biens communs » dans le temps, dans l’espace et dans les valeurs universelles.

Rien ne dit qu’au moment des grands rendez-vous énergétiques, climatiques, hydriques, démographiques etc qui sont devant nous à court terme…soit entre 2030 et 2050 – nous-mêmes et nos enfants auront 15 ans de plus, qu’est-ce ? – les cerveaux humains auront assez mûri pour auto-contrôler l’appétit matériel et élever la conscience collective, de façon à ce que l’univers politique ne soit pas en conflit ouvert avec l’univers économique, obligeant à casser les monopoles des GAFAM, à préempter les ressources et les biens communs et à recréer des frontières parce que les dirigeants auront été incapables d’internaliser les enjeux collectifs dans leur stratégie et que l’avidité l’aura emporté sur la responsabilité. Le chef d’entreprise – nous l’expliquons dans notre dernier ouvrage « la nature politique de l’entrepreneur » – a désormais une fonction politique qui consiste à prendre en charge sa part de solidarité dans la stabilisation des règles communes, en donnant au marché des cadres voulus, mettant un terme à ce dogme actuel, stupide et destructeur, de la dérégulation croissante. Encore faut-il savoir passer des contrats, si on estime que la loi ne doit et ne peut pas tout faire, ce qui vaut autant pour les administrations que pour les entrepreneurs…

Le concept, la nouvelle frontière, le lien commun pour réunir ces acteurs s’appelle « la durabilité » : durabilité de l’éco-système, formalisée dans les 16 objectifs du développement durable des Nations Unies et durabilité de l’entreprise, au travers de sa contribution positive (cf. les partenariats, 17° 0DD) ou négative à la croissance durable de la Société et de la biosphère dont elle dépend plus que jamais. On est clairement dans un défi de modèle, qui ne peut plus être l’optimisation aveugle des facteurs de production – la théorie de l’agence est disqualifiée – et le management de l’efficience capitalistique uniquement, qu’on n’a cessé de mythifier dans les business schools et d’adorer dans les conseils d’administration. Mais ne soyons pas naïfs ; à quand le basculement du modèle, passant d’un capitalisme simpliste et même égoiste à un capitalisme aménagé de philanthropie sous la pression des opinions, amélioré en europe à travers une RSE qui stimule « la durabilité » des méthodes, et devenant un capitalisme durable, c’est-à-dire co-régulateur des enjeux globaux, assumant avec ses parties prenantes les équilibres systémiques fondamentaux, sociaux, environnementaux, sociétaux aussi, dans le cadre d’un « business case » où la contrainte durable est retournée en avantage compétitif et où rentabilité et mission publique sont les deux jambes de la croissance (« le double projet » proposé par A.Riboud). Nous avons proposé pour ce modèle le nom de « planetor ». Nous y travaillons avec la recherche académique et quelques pionniers ; nous formulons à chaque ouverture legislative des idées en ce sens et nous sollicitons l’UE pour qu’elle en fasse un pilier de son projet.

Trois pistes s’imposeront : un cadre juridique mondial des « groupes » qui devront respecter déjà les excellents principes de l’OCDE ; des curseurs RSE à inclure dans les échanges commerciaux, comme l’UE commence à le proposer et une fiscalité sur les sociétés qui tient compte de leur contribution au territoire sur la base d’une métrique de base qui devient crédible. Croire c’est vouloir ! Puissent les acteurs inquiets rejoindre les acteurs constructifs pour se mettre en marche vers ce modèle durable à l’européenne, car la génération qui vient en a terriblement besoin. L’entreprise a les solutions du monde de demain, encore faut-il qu’elle mette au même niveau la perennité de la cité et la sienne, indissolublement liées de nos jours.

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