Le blog

De la déclaration d’Agadir au monde de 2050…

26 septembre 2017

« Les acteurs non étatiques » ont signé cet été la déclaration d’Agadir dans laquelle ils s’engagent à entraîner la société civile dans la lutte contre le réchauffement climatique ; les entreprises, le monde académique, les forces sociales s’unissent dans la recherche d’un modèle sobre, économe en ressources et tourné vers une logique du bien commun qui tranche avec nos errements actuels, responsables du gaspillage de la planète et par-delà de la précarité de bien des vies humaines. C’est une réponse constructive à la cacophonie ambiante du monde et à la doctrine « ethno-centrée » dont l’Amérique actuelle et d’autres puissances veulent nous faire croire qu’elle peut fonctionner longtemps, à rebours de l’universalisme qui a porté les vraies valeurs de progrès et éviter de ré-ouvrir les plaies toujours à vif des errements nationaux.

Pour justifier cette prise de pouvoir des acteurs sociétaux dans l’arène politique, on ressort en économie « la théorie des biens communs » et on a raison. On l’avait laissé tomber dans la période de dérégulation à outrance qu’on vient de traverser. Il faut dire que la gestion « des communs » – comme l’air, l’eau, les sols…qui appartiennent à tous et dont la propriété privée ne peut se passer pour prospérer, appelle une maturité dans la gouvernance politique collective qui fait encore largement défaut. Le monde est dans un moment particulier à ce sujet : l’accord de Paris a réussi une prouesse qu’on ne pourrait pas ré-éditer aujourd’hui, autour d’un consensus de la communauté internationale pour tenter d’appréhender le très inquiétant réchauffement climatique et favoriser des nouveaux modèles économes en carbone. Cette question catalyse tous les autres enjeux, sociaux, locaux, éthiques qui caractérisent la recherche actuelle d’un modèle de croissance, formalisé désormais dans les fameux 17 Objectifs des Nations Unies (dits ODD). Le pari est simple et angoissant à la fois : ou bien nous parvenons à décélérer significativement d’ici 2050, en termes de carbone émis mais aussi de gaspillages et de prélèvement des ressources et nous mettrons la planète en posture de « durabilité », ou nous n’y parvenons pas et tous les déréglements géopolitiques sont envisageables…Comme l’écrit remarquablement Michel Camdessus dans son dernier ouvrage « vers le monde de 2050 », cela suppose qu’on mette un terme à « ce modèle auto-destructeur d’avidité généralisée dans lequel l’économie mondiale s’est engouffrée et avec elle une part de ce qui faisait la force économique et la civilisation de l’Occident ». L’ancien patron du FMI analyse les « hypertendances » qui sont autant de défis que d’opportunités : poids du vieilissement et des jeunes générations à la fois, percée des émergents, dynamique de la classe moyenne, urbanisme galopant, globalisation financière, finitude des ressources naturelles, progrès technologique fulgurant… et appelle à un « sursaut d’humanité ».

Ce sursaut peut venir d’une meilleure pratique démocratique, d’une féminisation des sociétés et d’une responsabilité montante des entreprises, si on veut croire aux bons signaux de la mondialisation. Mais si on veut être seulement réaliste, on sait qu’il dépend principalement de l’éducation et de son articulation avec les besoins à satisfaire, d’une gestion publique intelligente et honnête et d’une coopération multilatérale sur les problématiques collectives que les Etats ne peuvent plus résoudre seuls. Le « défi de conscience et de compétence » est le socle d’une intégration de la durabilité dans une économie de marché qui se nourrit de l’innovation et de l’accessibilité croissante aux biens et services ; aujourd’hui ce modèle  s’auto-détruit à la fois par son emballement dans le mauvais usage des produits et son impuissance à favoriser par lui-même une juste répartition de la valeur (« decent and fair profit » disaient le fondateur d’Harvard !). Tant que les dirigeants d’entreprises, fondateurs ou cadres, tant que les managers, dans l’exercice de leur fonction, ne penseront pas plus et mieux la technique au regard du service collectif rendu, le développement humain sera confronté à une interrogation, civilisationnelle et existentielle même, qui n’a jamais été aussi cruciale.

Il est temps que les business schools et les acteurs de formation prennent à bras le corps leur responsabilité qui est de préparer ces dirigeants actuels et futurs à la maîtrise d’une économie, numérisée et financiarisée comme elle ne le fut jamais, pour devenir aussi une économie du bon usage et de l’intérêt commun. Cela ne s’improvise pas et n’est pas spontané : cela se pense, cela s’apprend, cela se veut et cela s’organise. Le défi de l’Académie durable internationale est de mettre ces savoirs à disposition des jeunes leaders d’avenir, à commencer sur l’axe euro-africain où se décide une partie de l’avenir commun, qui peut marier l’expérience historique et les potentialités humaines les plus grandes.

Nous appelons les acteurs concernés à apporter leur appui à cette utopie créatrice dont nous poserons les bases réalistes entre partenaires impliqués, africains et européens, le 19 octobre à Lille, dans le cadre du World business forum.

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply